Arkheia, revue d'histoire

Les maestros de la République

Par Gérard Malgat
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série
Auteur : est instituteur, Docteur de l’Université de Parix-X Nanterre.

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Durant les cinq années pendant lesquelles la Seconde République put agir avant d’être attaquée par les militaires factieux, elle contribua à des avancées en matière culturelle et éducative d’une portée sans égale dans l’histoire contemporaine de l’Espagne. Premier de ses projets, la transformation du système éducatif devait être la pierre angulaire de la construction d’une Espagne républicaine moderne. En dépit d’innombrables difficultés d’ordre économique - la crise de 1929 n’était pas loin - et politique, car cette période se caractérisa par une instabilité entraînant de nombreux changements de gouvernements, ceux de la période 1933-1936 cherchant à freiner l’impulsion et bloquer les décisions de ceux de 1931-1933, l’éducation en Espagne fit un énorme - mais provisoire - bond en avant grâce à l’engagement de maestros1 qui partagèrent et traduisirent sur le terrain de leur travail quotidien l’ambition de leurs dirigeants d’édifier une école laïque au service de tous. Ils payèrent leur conviction et leur loyauté au prix fort : la mort, la relégation et les persécutions ou l’exil selon les cas. Ces lignes veulent leur rendre hommage.

Un retard historique dansle secteur de l’éducation

« L’éducation est dans chaque peuple un produit de ses facteurs historiques »2 affirmait Lorenzo Luzuriaga, l’un des pédagogues les plus influents de la Seconde République… Tout au long du XIXe siècle, puis pendant le premier tiers du XXe, l’éducation est restée hors du champ de préoccupation des gouvernements d’Espagne, qui tous ont fait preuve de passivité et de désintérêt, laissant l’éducation aux mains de l’initiative privée. Durant le dernier tiers du XIXe siècle, sous la houlette de Francisco Giner de los Ríos, un groupe d’intellectuels parmi lesquels Julián Sanz del Río, Gumersindo Azcárate, Nicolás Salmerón, Manuel Bartolomé Cossío et José Castillejo - a cherché à refonder la formation des personnes hors du dogmatisme et de la scolastique. Reliés aux mouvements pédagogiques européens qui prônent « l’école nouvelle », s’affirmant hors de toute attache religieuse, philosophique ou politique particulière, ils créent en 1876 la Institución de Libre Enseñanza, sorte d’université privée chargée de former des personnes « honnêtes, travailleuses et cultivées ». Mais cette institution est restée en marge du système institutionnel.

Au début du XXesiècle, les initiatives dans le domaine de l’éducation sont l’oeuvre de deux secteurs diamétralement opposés. D’un côté l’Église catholique, dont les nombreuses congrégations déploient une activité d’enseignement très importante quantitativement, notamment dans les campagnes où souvent elles seules organisent des écoles. De l’autre la gauche avec d’une part le secteur anarchiste représenté par Francisco Ferrer i Guardia qui crée la (...)


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