C’est une véritable somme que livre Alexandra Viatteau dans Staline assassine la Pologne. 1939-1947. L’auteur, qui, dès 1982, a publié Katyn, l’Armée polonaise assassinée (ouvrage réédité en 1989), puis Varsovie insurgée, en 1984, ainsi qu’un grand nombre d’articles (mentionnés ici dans les notes), donne, cette fois, un tableau complet de la politique anti-polonaise de l’Union Soviétique, qui, par des massacres répétés, visait à une extermination physique de masse des polonais, à l’éradication de la nationalité polonaise. Cette politique fut constamment tenue cachée, camouflée, niée, à force de mensonge, de désinformation et d’intoxication.
Les faits sont accablants. Dès avant la guerre, une " première terreur de masse " frappa les Polonais " demeurés ou retenus en URSS après le traité de Riga en 1921 " (p. 14) ; de 1928 à 1938, les diverses " purges anti-polonaise " firent 800.000 victimes (p. 19) : liquidation des communistes polonais intégrés dans les structures de la sécurité soviétique, des membres du vieux Parti Communiste polonais, de catholiques et de personnes simplement coupables de " nationalité polonaise ". Les deux pactes Ribbentrop-Molotov, du 23 août et du 28 septembre 1939, étaient accompagnés de protocoles secrets qui réglaient le partage du territoire polonais et la suppression de l’état polonais (p. 8). " Pendant un demi-siècle, il fut interdit dans les pays communistes de rendre public le contenu (de ces) protocoles secrets " (p. 41). De même que les armées d’Hitler avaient envahi la Pologne le 1er septembre sans déclaration de guerre, l’armée rouge envahit la Pologne le 17 septembre sans déclaration de guerre ; en deux semaines, elle atteignit la ligne de démarcation fixée avec les Allemands, et fit " prisonniers de guerre plus de 230.000 soldats et officiers polonais mobilisés contre les nazis et non contre les Soviétiques " (p. 23). En cette matière, le pouvoir soviétique, dès le début, multiplia les infractions à toutes les normes internationales. Les prisonniers de guerre polonais furent conduits aux camps de Starobielsk, Kozielsk et Ostachkov, au terme de marches forcées, jusqu’à ce qu’une décision émanant de Staline et du Politburo, sur proposition de Beria, ordonnât leur liquidation : 14.582 prisonniers des trois camps furent ainsi envoyés en wagons plombés dans les prisons de Smolensk, Kharkov et Kalinine, exécutés au cours des mois de mars à mai 1940, leurs corps transportés au bois de Katyn, une partie des prisonniers étant mise à mort à l’endroit même des fosses (p.74). Viatteau ajoute : " Jusqu’aujourd’hui le sort d’environ 123.418 militaires polonais prisonniers de guerre en Union Soviétique reste inconnu. Ils ont disparu " (p.84).
Parallèlement, la population civile est durement touchée : " Le NKVD déporta vers la lointaine république du Kazakhstan, pour une période de dix ans au moins, 22.000 à 25.000 familles, qui (...)
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