Arkheia, revue d'histoire

Résistance et cinéma : l’oeil des témoins

Par Clément Puget
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Clément Puget est doctorant en Arts, cinéma et histoire à l’université de Bordeaux III.

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Oscillant entre mise en scène du passé et enseignement de l’histoire, les films sur la Résistance des années 39-45 posent l’éternelle question de l’écriture et de la compréhension historique. Au cœur de l’actualité de ces dernières années, la Résistance a affirmé les liens qui l’unissaient avec les grands questionnements de l’historiographie contemporaine.

A l’aide de témoignages de résistants du Sud Ouest et d’ailleurs, j’ai rédigé en 2000, un mémoire de maîtrise qui révélait le discours des résistants (acteurs réels) sur les films qui les avaient (involontairement) mis en scène . Je me suis aperçu que le souvenir des années de guerre demeurait vivace dans l’esprit des résistants, comme si le temps ne l’avait pas altéré… Le cinéma y est-il pour quelque chose ? Aux yeux du néophyte, le septième art peut difficilement remplacer l’histoire. Il est vrai que l’histoire écrite détient encore cette suprématie qui relègue l’image (dont le cinéma est une composante) à sa seule nature ludique. Est-ce qu’un film de fiction – avec des stars comme Alain Delon ou Jean-Paul Belmondo (Paris brûle-t-il ? R. Clément, 1967), des décors artificiels, une romance et des héros qui ne meurent pas – peut enseigner l’Histoire ? Sans doute difficilement. L’intérêt du cinéma réside dans sa capacité a interroger l’Histoire et surtout à pointer du doigt notre façon d’envisager le passé pour le retranscrire. Comme le disait Marc Ferro dès les années 70, la mise en scène d’un imaginaire collectif lié aux années de guerre transparaît dans tous les films qui traitent du sujet . La notion de “ film palimpseste ” développée récemment par Sylvie Lindeperg a également donné des éléments d’analyse pour appréhender l’œuvre cinématographique, du projet initial jusqu’à la production et la distribution commerciale . En tenant compte de ces approches méthodologiques, j’ai choisi de questionner des résistants à propos d’une production cinématographique relativement symbolique qui s’étend de 1946, avec La Bataille du rail (R. Clément, 1946), à 1969 et le film de Jean-Pierre Melville, L’Armée des ombres. Je me suis interrogé sur l’histoire de la Résistance mais également sur l’apport du cinéma pour l’histoire, sur le statut de l’image et sur le rôle du cinématographe dans la cristallisation de la mémoire collective.

La mise en image du passé

Qu’est-ce que la mise en image du passé ? c’est une écriture visuelle (et souvent sonore) qui est plus qu’un discours parallèle au discours écrit. C’est un imaginaire figuré imposé au spectateur, substituant ainsi à l’imagination ou au souvenir personnel une certaine représentation du passé. Il s’agit alors de considérer la construction du récit historique qui se fait en deux temps : l’activité intellectuelle de mise en œuvre d’un projet (évoquer (...)


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