Arkheia, revue d'histoire

Pourquoi des femmes sont- elles tondues à la Libération ?

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°17-18
Auteur : Max Lagarrigue, historien, directeur de la revue Arkheia. Son dernier ouvrage 99 questions... Les Français durant l’Occupation, Montpellier, 2007.

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Dans une France anéantie par la guerre, soumise à la répression de la Milice française et des nazis, refoulée par quatre années de privations, le besoin de justice est grand à la Libération. Accusées d’avoir entretenu des relations avec les Allemands, plusieurs milliers de Françaises sont victimes de sévices. Tondues, exhibées sous les quolibets et les crachats de la foule, les « tondues de la Libération » furent des victimes expiatoires de quatre années d’occupation.

Au cours de l’été 1944, rares sont les communes de France qui n’ont eu leur cortège de femmes tondues. En ces journées qui mettent un terme à quatre années d’occupation, l’euphorie et la joie s’accompagnent de sévices infligés à des femmes soupçonnées d’avoir exercé la « collaboration horizontale », expression désignant les relations intimes entre certaines Françaises et des Allemands. Vingt mille femmes auraient été touchées par cette « épuration sauvage » massive. L’historien Fabrice Virgili signale que « l’on imagine trop souvent les tontes comme accompagnant les seules journées de la Libération. Elles commencent en réalité plusieurs mois auparavant et ont été annoncées par certains organes de la presse clandestine », elles perdurent jusqu’à l’automne 1944 et réapparaissent en mai-juin 1945 lors du retour des requises du STO. Les femmes tondues ne le sont pas toutes dans les circonstances que l’on imagine : foule en liesse de la Libération, oeuvre de résistants de la dernière heure et châtiant exclusivement des relations sexuelles avec l’occupant. En effet, à rebours du sens commun, l’historien périgourdin Jacky Tronel a récemment démontré, à travers le cas du département de la Dordogne, que les tontes étaient programmées, le plus souvent avec le blanc-seing d’autorités administratives établies et souveraines. Ainsi, le photographe et le coiffeur du village ceint de sa blouse blanche ne rechignent-ils pas pour l’un à tondre ces femmes et pour l’autre à immortaliser une scène dont la dimension pédagogique est patente. Mieux encore, l’étude des registres d’écrou atteste que le motif d’internement des femmes tondues pour « relation sexuelle avec l’ennemi » fut notoirement insignifiant : l’intelligence avec l’occupant ou la trahison représentaient près des neuf dixièmes des motifs d’emprisonnement. Parmi ces femmes condamnées à la tonte, un nombre non négligeable furent de véritables informatrices, agents de la Milice ou de l’occupant. Il n’en reste pas moins qu’elles subirent une double peine : pour s’être engagées dans la mauvaise voie au nom de leurs idées politiques et pour l’avoir fait en tant que femmes – ce qui leur valut de subir ce cérémonial avilissant et déshonorant. L’historien Jean-Marie Guillon fait remonter cette violence spécifique à une tradition ancienne où la (...)


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  • Une illustration de votre article
    14 juin 2012 13:34, par Jean
    Je me permets de vous envoyer un lien vers le site d’un photographe de l’époque. La galerie dédiée à la libération de Paris est saisissante : les barricades, les allemands prisonniers, la liesse populaire et ... Les femmes tondues. C’est une bonne mise en perspective, et en images, de ce mois d’août 44. http://www.sergedesazo.com/site/galerie.php ?alb=28
    Répondre à ce message

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