- Alexandre Jardin et son livre…
Le déballage familial sur le passé pronazi ou collabo d’un aïeul n’est-il pas une distraction bien française ? C’est en effet un exercice assez commun. Le cas de Jardin est un peu plus compliqué. A la lecture de Des gens très biens, j’ai été frappé par sa volonté farouche de dénigrer le rôle de son grand-père [Jean, dit Le Nain jaune], en même temps qu’il lui accorde une importance absolument considérable. Car istoriquement, sauf s’il reste des archives à découvrir, personne n’accorde un tel statut au rôle politique de Jean Jardin, directeur de cabinet de Laval, entre avril 1942 et mai 1943. Son petit-fils […] lui accorde un rôle déterminant dans l’organisation de la rafle du Vel-d’Hiv, niant du coup celui de René Bousquet mis au rang d’un exécutant. Sur le plan historique, le livre d’Alexandre Jardin n’apporte absolument rien : il parle d’un document de 1942 que tout le monde connaît, évoquant les craintes d’une extermination éventuelle des Juifs dans l’Europe de l’Est. Et de là, il démontre que, puisque ces documents circulaient, on ne pouvait pas ne pas savoir. Pendant cette période, l’extermination des Juifs n’est pas la question prioritaire…C’est évidemment regrettable et même impensable aujourd’hui, mais la réalité était celle-là : les gens qui vivaient cette période ne mettaient pas au centre le problème de l’extermination des Juifs. Avec le recul, avec notre sensibilité qui a aussi considérablement changé, nous pensons autrement cette époque. C’est ce qu’on appelle les codes culturels qui conditionnent la façon dont les gens perçoivent la réalité.
- Nuit et Brouillard, film d’Alain Resnais de 1955 sur la déportation, fit bien moins de vagues que celui d’Ophüls, le Chagrin et la Pitié, véritable électrochoc en 1971. Pourquoi ? C’est la preuve qu’en 1955, on n’a pas encore intégré la singularité du génocide. Avec Nuit et Brouillard, Alain Resnais et son scénariste Jean Cayrol évoquent la déportation de manière presque subliminale. Au risque de paraître un peu simpliste, Nuit et Brouillard, sans nier évidemment les souffrances, ne voit pas encore la nécessité de faire une (...)
Le livre sur l’Exode : 1940, La France du repli : l’Europe de la défaite sous la direction de Max Lagarrigue, plus de 30 contributions dont Stanley Hoffmann, Jean-Marie Guillon, José Gotovitch...