Arkheia, revue d'histoire

Philippe Lamour, l’homme aux multiples visages

Par Hélène Chaubin
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Article publié dans
Arkheia n°21
Auteur : agrégée d’histoire, correspondante dans l’Hérault de l’IHTP.

(...) Mussolini, Philippe Lamour se montre plus réservé à l’égard de Hitler dont il finira par condamner le bellicisme. Il soutient d’ailleurs l’initiative de l’éditeur Fernand Sorlot qui publie en 1934, contre la volonté du dictateur allemand, une traduction française de Mein Kampf et accepte d’être l’avocat de Sorlot. L’édition française n’est pas mise au pilon. Philippe Lamour reste très proche de Le Corbusier qui collabore à chaque numéro de la revue. Il souhaite comme lui une planification de l’espace urbain, des villes sans rue, sur pilotis. En fait, tout est à transformer de manière radicale et, pour cela, il faut toujours planifier. C’est le leitmotiv. Le système soviétique est un exemple. La structure privilégiée reste régionale, si bien que l’Europe rêvée est une Europe fédéraliste des régions. De grands travaux seraient une réponse à la crise et la démonstration que, par la technique, l’homme peut maîtriser la nature. Philippe Lamour préconise la création d’autostrades et de canaux à fort gabarit entre Atlantique et mer Noire. Il manifeste déjà une prédilection pour les grands aménagements hydro - électriques. C’est le temps de la théorie, que nourrit une vive imagination.

Retour à la terre

En 1939, à 37 ans, Philippe Lamour est à Vincennes, aspirant officier. Sans une intervention de Daladier, il n’eût été qu’un soldat réformé de 2e classe fiché pour « Propagande révolutionnaire ». Quand l’armée allemande atteint Paris, il est cantonné dans le bordelais d’où, prudemment, il gagne la zone non occupée. Le régime parlementaire qu’il méprise est détruit en juillet, à Vichy. Il n’est pas sensible à l’appel du 18 juin : « Encore un général … ». Il ne rejoint pas ceux qu’il nomme « les irresponsables de Londres ». Il n’est pas résistant. Il ne collabore pas non plus. Convaincu que la défaite a été méritée, Philippe Lamour pense que la France doit expier et qu’elle renaîtra grâce au travail. Il y a dans son analyse une coïncidence partielle mais indéniable avec celle du maréchal Pétain dans ses messages de juin 1940. Philippe Lamour n’est pas maréchaliste pour autant. Ce n’est pas seulement parce qu’il est convaincu de l’importance de l’agriculture qu’il s’y consacre désormais. Il loue une métairie mais les conditions de vie sont rudes. Il manque de fonds. Son beau - père lui en procure en rachetant les parts des mines de Zellidja que possède Geneviève. Après une courte expérience dans le Bourbonnais, la famille s’installe dans le Gard. Voici Philippe Lamour dans ce Languedoc qu’il va contribuer à métamorphoser. Il travaille, découvre les exigences de la survie, produit un bon vin blanc et continue à écrire se montrant très critique à l’égard de l’agriculture languedocienne et d’une paysannerie trop exclusivement attachée à la viticulture 2. Il observe les (...)



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