Arkheia, revue d'histoire

Pessac : ces quatre fusillés dont on ne parle pas

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°22
Auteur : est attaché de recherche à la Fondation Maison des sciences de l’homme (Paris), coordinateur de rédaction de la revue d’histoire Arkheia.

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Le 22 juin 1940, jour de la signature de l’armistice franco-allemand dans la forêt de Rethondes, quatre Français – un socialiste et trois communistes – sont fusillés à l’aube, sur le champ de tir de Verthamon, à Pessac. Le plus jeune, Roger Rambaud, membre des Jeunesses communistes, est âgé de 17 ans.

Le 10 juin 1940, Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, décide de replier la prison militaire de Paris au sud de la Loire. Il redoute « l’éventualité d’une action des éléments communistes de la Région parisienne en vue de délivrer leurs partisans incarcérés, en cas d’avance allemande sur la capitale ». Commandée par le capitaine Kersaudy, la prison militaire de Paris est formée des prisons du Cherche-Midi et de la Santé. Quatre jours avant que les Allemands n’entrent dans la capitale, Mandel charge Meyer, directeur de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris, de transmettre l’ordre de repli sur Orléans. Cette décision entraîne l’exode de 1 865 prisonniers (306 viennent du Cherche-Midi, 1 559 de la Santé). Au cours du repli, en l’absence de trains et d’autobus, les détenus doivent parcourir à pied certaines étapes. Le long du canal de Briare, près de Montargis, plusieurs prisonniers qui n’ont plus la force d’avancer sont exécutés sommairement. Officiellement, ils sont au nombre de treize … vraisemblablement davantage. Parmi eux, le comte Armand Thierry de Ludre, fonctionnaire à l’ambassade de France en Allemagne, inculpé sur ordre de Mandel au motif d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Cet épisode méconnu de l’exode témoigne de la grande confusion qui régnait à tous les niveaux du commandement. Le comportement du personnel de la justice militaire et de celui de la gendarmerie qui encadraient les prisonniers peut s’expliquer par le souci de ne laisser échapper aucun espion ni membre appartenant à la « cinquième colonne », jugés responsables du désastre frappant le pays, conjugué à la peur d’être rattrapé par l’ennemi.

Dix condamnés à mort écroués à Bordeaux

Le 20 juin 1940, les repliés de la prison militaire de Paris arrivent à Bordeaux. La halte est de courte durée mais suffisante pour permettre que dix condamnés à mort soient extraits du convoi. Ils sont remis au sous-lieutenant Chiaramonti, comman¬dant la prison militaire de Bordeaux. Elle occupe provisoirement la caserne Boudet, située à l’angle de la rue de Pessac et de la rue des Treuils. Le reste du cortège poursuit son chemin jusqu’au camp de Gurs.

Voici les noms et les chefs d’inculpation des dix condamnés à mort : Amourelle Jean (33 ans, espionnage), Ferréa Jacques (espionnage), Lebeau Léon (34 ans, sabotage), Lebeau Maurice (17 ans, sabotage), Masson Charles (44 ans, trahison), Rambaud Marcel (23 ans, sabotage), Rambaud Roger (17 ans, sabotage), Spieth René (24 ans, espionnage), Verdaguer Raymond (28 ans, espionnage) et (...)


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