On a commencé très jeunes, à partir de l’adolescence, dès 14 - 15 ans, à s’intéresser à la politique car les partis politiques faisaient des meetings, il y avait des journaux, des syndicats. C’est que la perte de la République, le coup d’État, nous vola non seulement la République mais, à notre génération, il nous vola notre jeunesse. Nous sommes passés de l’âge adolescent à l’âge adulte, car on était déjà un peu mêlés à la politique ; les uns militaient aux jeunesses socialistes, les autres dans les jeunesses libertaires, chacun son parti. On a perdu notre jeunesse quand la guerre est arrivée : à 17 ans et quelque, il fallait aller à la guerre, et nous sommes passés comme je l’ai dit d’adolescents à adultes ; cet âge où l’on aime danser ou jouer au football, on ne l’a pas connu. On a appris jeunes à tuer pour qu’on ne nous tue pas. En même temps, avec le coup d’État, on a perdu l’unité familiale, le lien familial s’est rompu. Je n’ai pas vu grandir mes frères et soeurs, je ne les ai pas vus jouer à la maison ni rire. Et, quand je suis rentré dès après la mort du tyran, quand j’ai retrouvé ma famille, mes soeurs, ils étaient tous très contents : ils disaient aux uns et aux autres « Venez, Pepe est arrivé ! ».
Un an après, quand j’y suis retourné, changement, j’ai entendu : « Le Français est rentré ». Je vis alors que, même si on était frères, (...)