A examiner les écrits de Charles de Gaulle avant qu’il joue le moindre rôle historique, ses déclarations et prises de position durant la Seconde Guerre mondiale et le peu qu’il laisse filtrer de ses conceptions politiques jusqu’en 1945, une évidence s’impose : de Gaulle se réclame d’une culture politique clairement identifiée à la fin du XIXe siècle, celle du nationalisme français. Au-delà des attitudes de circonstance, on retrouve chez lui les deux idées-force qui permettent d’identifier le nationalisme : l’exaltation de l’indépendance et de la grandeur de la nation France et la nécessité de mettre en place un Etat fort pour parvenir à les imposer. Cela posé, il est clair qu’il existe des acceptions diverses du nationalisme français. Charles de Gaulle ne se réclame pas du nationalisme fermé, d’exclusion, antidémocratique, qui fut celui de Maurras, mais d’un nationalisme rassembleur, acceptant le suffrage universel et la démocratie, de préférence sous sa forme directe, un nationalisme s’inspirant davantage du Barrès de la Première Guerre mondiale, un nationalisme plébiscitaire en filiation directe avec le césarisme démocratique bonapartiste. Il reste que ce nationalisme est en opposition frontale avec le modèle républicain parlementaire, méfiant envers toute forme de pouvoir personnel, qui constitue le cœur de la vie politique française depuis la crise du 16 mai 1877. C’est d’ailleurs cette antinomie entre gaullisme et tradition républicaine qui rend compte du double échec du gaullisme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Celui de 1945-1946 où la dictature vichyste a ranimé la méfiance envers le pouvoir personnel et l’autorité et redonné une nouvelle jeunesse à la culture républicaine, si bien que les projets gaullistes, fondés sur la légitimité historique et charismatique dont se réclame Charles de Gaulle, se brisent sur la légitimité du suffrage universel qui donne la primauté aux forces politiques qui en ont bénéficié. Celui de 1947-1953, avec la tentative manquée du RPF qui échoue face à la culture parlementaire qui imprègne la société politique et ce, en dépit de l’impuissance de la IVe République à résoudre les (...)
A lire : La Ligue des droits de l’homme adopta très tôt une attitude complaisante à l’égard du régime bolchevik. Retour sur l’histoire méconnue d’une certaine gauche qui, selon le mot de George Orwell, fut « antifasciste mais pas antitotalitaire ».