Arkheia, revue d'histoire

Montauban : entre révolutions et religions, 1787-1830

Par Sébastien Rivière
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Article publié dans
Arkheia n°2-3
L’auteur Sébastien Rivière est titulaire d’une maîtrise sur Montauban. Il est aujourd’hui professeur d’histoire et géographie.

(...) et les affaires. Contrairement au catholicisme, le protestantisme intègre la possession de l’argent et des pouvoirs à l’acte de prédestination et de vocation, l’argent devient ainsi une preuve de salut. La bourgeoisie, l’artisanat et le monde ouvrier, dont les activités sont fortement dépendantes, représentent environ 45 % des personnes prises en compte dans l’analyse des actes pastoraux de Montauban pour l’année 1783. La population réformée du Montalbanais, comme d’ailleurs l’ensemble du protestantisme français, ne semble avoir aucune hostilité envers la monarchie, ce qui confirme le devoir de soumission aux pouvoirs établis prôné dans le cadre du Christianisme. Cependant, les tensions religieuses sont encore vives, en particulier dans les milieux populaires, où les catholiques conservent leur haine de l’huguenot. On le présente comme un hérétique, un traître aux mains de l’étranger. Ces accusations font partie du quotidien du protestant français en cette fin d’Ancien Régime. Elles sont largement répandues par certains membres du clergé, dont le fanatisme et la haine de l’hérétique ne semblent pas avoir tenu compte des idées de tolérance et de pluralisme religieux défendues par la philosophie du siècle.17 Faute d’être généreux, le XVIIIe siècle finissant devient sensible le 17 novembre 1787, lorsque Louis XVI promulgue un " Edit de tolérance " envers les calvinistes de son royaume. L’Edit, bien loin d’accorder une liberté du culte, se contente de reconnaître une existence civile aux protestants, respectueuses des droits de l’homme que sont le mariage, la succession des biens entre les générations, le droit à une sépulture décente. Dans le Midi de la France, aussitôt connu, l’Edit provoque une explosion de joie générale dans les milieux réformés. Dans la généralité de Montauban, les autorités ne soulèvent aucunes difficultés dans son application, et se contentent souvent de la preuve par témoins. La bourgeoisie montalbanaise n’hésite pas à faire ouvertement acte de protestantisme. Mais la joie provoquée par l’Edit n’a qu’une courte durée. C’est à peine une éclaircie qui fait paraître le ciel noir plus insupportable. Les restrictions et le ton même de ce dernier sont difficilement supportés par toute la population réformée, d’autant plus par la bourgeoisie urbaine, largement pénétrée par les idées d’égalité et de pluralisme religieux.18 Plus que toutes autres, la déception d’une non-reconnaissance du culte réformé semble ternir l’allégresse de novembre 1787. C’est ce que laisse entendre Jeambon Saint-André dans un discours prononcé le 30 avril 1789 : " ( ...) quelque précieux que soit à nos yeux l’état civil que nous venons d’obtenir, et qui influe, à divers égards, sur notre état religieux, nos temples restent encore ensevelies sous leurs ruines". Du côté catholique, l’Edit promulgué, les doléances deviennent chaque jour plus nombreuses et plus vives. Le (...)


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