Arkheia, revue d'histoire

Montauban, 1940

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°22
Auteur : Directeur de la revue Arkheia. Ancien maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris, il est notamment l’auteur de 1940, la France du repli (sous sa direc.), Privat, 2000 ; 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007).

(...) autorités préfectorales sur directive du ministère de l’Intérieur (27 février 1939) doivent mettre sur pied en quelques jours un camp au lieu dit de Judes. En attendant mieux, ce camp d’hébergement devra accueillir 15.000 espagnols entre miradors et fils barbelés. Dès le 5 mars, à la cadence de 2.500 par jour, les combattants espagnols débarquent en gare de Borredon. Le quotidien la Dépêche de Toulouse annonce le 12 mars 1939 que l’effectif du camp de “ miliciens de Septfonds ” est dépassé d’un millier. Les conditions sanitaires et d’hébergement sont catastrophiques. En un laps de temps aussi court, rien n’existant encore au début du mois de mars sur ce terrain vague, les autorités locales ont été dépassées par cette arrivée massive. Dans ces conditions déplorables, les hommes sont désemparés, malades, amaigris ; le climat rigoureux de l’hiver ne les épargne pas non plus. A Montauban, des hommes coutumiers du secret, organisent le départ d’un certain nombre de républicains séquestrés dans le camp. A la direction des comités officiels de réfugiés et grâce à l’aide de complicités dont celle du préfet de Tarn-et-Garonne, ils choisissent les entrepreneurs qui construisent le centre. Cette manœuvre leur permet de faire évader les éléments qu’ils souhaitent faire échapper. Irénée Bonnafous, directeur départemental de la Dépêche de Toulouse, membre éminent de la franc-maçonnerie montalbanaise et son frère de Loge Louis Dutilleux, répertorient tous les “ miliciens espagnols francs-maçons ”. Ce travail de repérage effectué grâce à l’aide de ces entrepreneurs, francs-maçons, ils font sortir du camp les frères espagnols cachés au fond de camions de ravitaillement. Une fois évadé, Bonnafous fort d’un réseau de connaissance, trouve carte d’identité, gîte et travail aux maçons espagnols. Ce qui lui vaudra le surnom de “ El Padre ”. Premier acte d’une solidarité fraternelle, il ne s’agissait là que d’une répétition face aux arrivées massives de l’année suivante. Avant les événements de mai-juin 1940, la population montalbanaise est enrichie d’un noyau important de 3.000 espagnols. A cela s’ajoutent dans le courant de l’automne 39 quelques groupes de parisiens et autres français de régions proches des limites du Reich qui ont été évacués par précautions dans le sud de la France. Toutefois, ce programme d’évacuation est jugé par les autorités trop alarmiste, voire “ défaitiste ”. Il n’est pas bon de porter atteinte au moral du pays dans une telle situation. Le mythe de la supériorité incontestable de l’armée française victorieuse et les tenants de l’arbitrage international se trouvent une fois de plus d’accord pour le statu quo. Les modalités d’évacuation sont pourtant précises. Par exemple : le département de la Meurthe-et-Moselle devait se rendre en Gironde ; le Bas-Rhin en Haute-Vienne et en (...)


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