Arkheia, revue d'histoire

Montauban, 1940

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°22
Auteur : Directeur de la revue Arkheia. Ancien maître de conférences à l’Institut d’Études Politiques de Paris, il est notamment l’auteur de 1940, la France du repli (sous sa direc.), Privat, 2000 ; 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007).

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Pour comprendre la situation qui se déroule en mai-juin 40, il faut prendre quelques minutes et remonter un peu en amont de l’événement. En 1939, L’Espagne vient de connaître quatre années de luttes fratricides dans une Europe en proie à tous les nationalismes. Ce climat proche de nos frontières crée en France et particulièrement dans le Sud-Ouest une bipolarisation de l’opinion en deux clans assez distincts. A partir de là dans l’hexagone, on se bat par “ espagnols interposés ”. Entre tenants d’une stricte neutralité qui s’exprime en 1936 par la non-intervention en Espagne, puis en septembre de la même année avec les tenants des accords de Munich, qualifiés dès lors de Munichois, et à l’opposé les précurseurs d’un droit d’ingérence non-dissimulé d’idéologie partisane (que ce soit avec les Brigades internationales en Espagne ou les partisans d’une action d’intimidation contre Hitler, qualifiés d’anti-Munichois, la France connaît dès lors des heures tumultueuses, où la violence verbale par journaux interposés et les combats de rue, ne sont pas rares. Ce climat belliqueux a des précédents. Dès le début du mois de février 1934, de nombreuses manifestations souvent violentes ont lieu à Paris. On pourrait relire à cet effet le Topaze de Marcel Pagnol qui livre une description des principaux agitateurs de ces mouvements. Même si les conflits les plus violents sont concentrés dans la capitale, certains événements oubliés démontrent qu’en Province les groupes d’extrême droite ne restent pas inactifs. Par exemple dans le département du Tarn-et-Garonne, on peut citer l’affaire “ Cayla ” dans la petite commune de Moissac. Le 13 juin 1935 lors d’une altercation entre des Croix de feu et des “ républicains moissagais ” c’est ainsi qu’ils sont qualifiés dans la presse locale, un nommé Elie Cayla est sévèrement molesté et succombe quelques jours plus tard à ses blessures. Plus qu’une anecdote, cet événement tragique devient “ l’affaire Cayla ” dans les journaux repris de concert et stigmatisé par le parti communiste et les radicaux unit par les circonstances dans cette affaire. Dans le Sud-Ouest de la France, le climat s’est particulièrement accentué avec l’arrivée massive de centaines de milliers de réfugiés espagnols qui fuient les troupes nationalistes de Franco, c’est la Retirada. Ces Français du Sud-Ouest vivent de manière interposée leur première expérience d’un repli sur leur sol, devenu malgré eux terre de refuge, et les effets d’une débâcle militaire, suivie de son cortège de civils en guenilles. Si la République française donne un piètre exemple d’hospitalité dans l’accueil des combattants républicains espagnols, des réseaux de solidarité et d’assistance se mettent en place localement. A Septfonds, petite commune du Tarn-et-Garonne à 30 kilomètres au nord-est de Montauban, les (...)

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