Arkheia, revue d'histoire

Mémoires libertaires de la Seconde République

Par Ángel Herrerín López
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Ángel Herrerín López : professeur titulaire au département d’histoire contemporaine de la UNED ( Universidad nacional de éducación a distancia ), Madrid.

(...) armée.

Dans ce contexte, la mémoire se convertit en un champ de bataille où l’on recherchait la supériorité idéologique sur le camp opposé et où, bien au- delà du rappel du passé, l’on défendait l’action du moment et dessinait le futur de l’organisation. Cet affrontement pour la mémoire se concrétisa surtout dans la vision que chaque groupe avait de ce qui constituait les signes d’identité du mouvement et qui était motif à controverse : le réformisme ou la révolution ; l’action directe dans la lutte contre Franco ou la collaboration avec d’autres forces politiques ; l’implantation du communisme libertaire ou l’acceptation d’une société avec d’autres forces politiques dans lesquelles les syndicats occuperaient une place prédominante. Comme exemples de cette lutte pour la mémoire en relation avec la II e République 7, je vais me référer à deux aspects continuellement revisités pendant les longues années de l’exil : les commémorations marquantes et les militants célébrés.

Les commémorations privilégiées

Il y a deux dates relatives à cette époque présentes dans la mémoire libertaire : le 14 avril, jour de la proclamation de la République et le 19 juillet, moment du début de la révolution. Tandis que pour certains libertaires le 14 avril symbolisait le début d’une nouvelle période, avec une plus grande liberté pour le peuple espagnol, pour d’autres elle ne représentait rien de plus qu’un changement formel du système. En ce sens, l’autre date emblématique, celle du 19 juillet, était évoquée avec un double point de vue symétrique : pour les uns, il s’agissait, en premier lieu, du soulèvement des fascistes contre le peuple, alors que pour d’autres cela marquait le début de la révolution tant désirée. Cependant, ces deux visions connurent des changements liés aux circonstances du moment. Dans les premières années de l’après-guerre, la défense de la légalité républicaine fut acceptée par une importante majorité des militants qui ne voyaient d’autre issue à leur angoissante situation qu’en maintenant la collaboration avec les autres forces antifascistes espagnoles et en poursuivant la participation aux institutions républicaines, comme cela avait été fait pendant la Guerre civile. Cependant, l’entrée de deux militants dans le gouvernement républicain en exil, à la fin 1945, et la scission qui en a résulté provoquèrent la négation de la légalité républicaine chez les orthodoxes. Pour ces derniers, à partir de ce moment-là, la référence principale ne devait pas être la restauration de la République « bourgeoise » mais la mise en oeuvre immédiate du communisme libertaire.

Toutefois, le passage d’une situation à l’autre fut progressif. En mai 1945, le congrès des fédérations locales de Paris – qui rassembla les représentants de 30 000 affiliés dans la rencontre la plus importante tenue par le (...)



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