Arkheia, revue d'histoire

Mémoires libertaires de la Seconde République

Par Ángel Herrerín López
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Ángel Herrerín López : professeur titulaire au département d’histoire contemporaine de la UNED ( Universidad nacional de éducación a distancia ), Madrid.

(...) étant le système capitaliste, indépendant du régime politique, qu’il soit républicain ou monarchique. Si bien qu’en 1931, lors de la fête du Premier mai, la première depuis la proclamation de la II e République, la CNT disait rester vigilante et « bien que les coeurs débordaient d’enthousiasme et de joie », elle entendait continuer la lutte pour un « mai social 5 ». Cette orientation la conduisit à provoquer trois soulèvements insurrectionnels, en janvier 1932, en janvier et décembre 1933.

L’échec du coup d’État de juillet 1936 provoqua le début de la Guerre civile et, avec elle, arriva aussi la révolution anarchiste tant espérée. Ce fut un moment bref mais intense qui resta marqué dans la mémoire de milliers de militants libertaires. Cependant, le fait de perdre la guerre rendit manifeste, de manière claire, la division qui existait depuis toujours au sein du mouvement libertaire. Les groupes reçurent différents noms au fil du temps : orthodoxes, hétérodoxes ; politiques, apolitiques ; collaborationnistes, anti-collaborationnistes. Groupes qui furent présents, comme il ne pouvait en être autrement, durant la courte période républicaine et la Guerre civile ; et qui continuèrent à exister pendant la longue dictature. Pour cette dernière période, je les ai dénommés : possibilistes et orthodoxes 6. L’entrée de militants libertaires dans le premier gouvernement républicain en exil présidé par José Giral, en 1945, à savoir celle de José Expósito Leiva et Horacio Martínez Prieto, fut le déclencheur qui provoqua une scission dans le mouvement libertaire. L’objectif primordial de chaque groupe, comme cela s’était produit dans des époques antérieures, était de contrôler l’organisation et d’imposer ses points de vue. Orthodoxes et possibilistes créèrent des structures différentes, organisèrent leurs plenums, convoquèrent des meetings, promurent des activités culturelles parallèles et possédèrent leurs propres organes de presse : CNT pour les orthodoxes et España Libre pour les possibilistes. Les premiers furent majoritaires dans l’exil, tandis que les seconds le furent à l’intérieur.

Nous pouvons définir brièvement leurs approches de la manière suivante : les possibilistes représentaient cette culture politique syndicaliste qui, pendant la dictature, fut partisane de la collaboration avec le reste des organisations antifascistes, de la légalité républicaine et de la participation aux gouvernements républicains en exil. De leur côté, les orthodoxes représentaient cette autre culture révolutionnaire qui défendait la pureté des principes idéologiques anarchistes, eurent une position opposée à toute collaboration avec les autres forces politiques espagnoles – ce qui incluait la participation aux gouvernements républicains – et misait sur l’action directe ce qui, dans le cas de l’affrontement avec la dictature, signifiait la lutte (...)



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