Arkheia, revue d'histoire

Mémoires libertaires de la Seconde République

Par Ángel Herrerín López
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Ángel Herrerín López : professeur titulaire au département d’histoire contemporaine de la UNED ( Universidad nacional de éducación a distancia ), Madrid.

(...) groupes anarchistes on affirmait : « Vos gouvernements démocratiques vous enverront la cavalerie et l’infanterie comme cela s’est fait en France ou vous conduiront à la potence comme cela est arrivé aux États-Unis aux glorieuses victimes de Chicago. » Ceci en référence aux travailleurs qui exécutés pour un crime qu’ils n’avaient pas commis et qui devinrent un symbole pour l’anarchisme international sous le nom de « Martyrs de Chicago 3 ». Bien que toutes ces questions marquèrent la différence entre républicains et anarchistes, il est certain que les uns et les autres continuèrent de partager des éléments de leurs cultures politiques tels que l’anticléricalisme, le fédéralisme, l’enseignement rationaliste et l’insurrection.

D’un autre côté, déjà depuis cette époque, le mouvement libertaire se trouvait divisé en deux organisations. Division qui, sous différentes appellations, s’est maintenue tout au long de son histoire. Une organisation était syndicaliste, éminemment communautaire et ouvrière, avec une base idéologique socialiste ; l’autre était révolutionnaire et individualiste, basée sur le libéralisme. L’une s’organisait en grandes masses, l’autre en petits groupes, dont les membres possédaient une forte conscience idéologique et qui, toujours, prétendirent contrôler l’autre organisation afin d’éviter des déviations réformistes. L’une proposait de conscientiser les ouvriers par le biais de la culture et de l’éducation ; l’autre misait, en plus, sur les actions violentes pour « réveiller » les masses. La première défendait la négociation, la mobilisation et la grève pour atteindre des objectifs concrets, tandis que la seconde optait pour les actions insurrectionnelles comme moyen de détruire la société bourgeoise et de créer immédiatement une société anarchiste. Enfin, selon la formulation de Brademas, « le désaccord entre les uns et les autres correspondit depuis lors à la différence d’attitude qui séparait l’anarchiste pur du syndicaliste convaincu 4. »

À la fin du XIX e siècle, la tendance individualiste était prédominante et elle se manifestait principalement par des actions violentes basées sur ce qu’elle appelait « la propagande par le fait ». Au début du nouveau siècle, l’organisation syndicale a une présence plus forte, particulièrement avec la constitution de la CNT en 1910. Cependant, un bon nombre de travailleurs, en dépit de leur appartenance à des organisations anarchisantes, conservaient leurs espoirs dans l’avènement d’un régime républicain. Cela apparut nettement lors de l’instauration de la II e République, quand des milliers de personnes occupèrent les rues d’Espagne pour fêter son avènement. Mais la vision que les anarchistes avaient du nouveau régime s’éloignait de cet enthousiasme. Pour les anarchistes, le problème n’était pas la forme mais le fond, la difficulté (...)



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