Arkheia, revue d'histoire

Mémoires libertaires de la Seconde République

Par Ángel Herrerín López
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Ángel Herrerín López : professeur titulaire au département d’histoire contemporaine de la UNED ( Universidad nacional de éducación a distancia ), Madrid.

(...) janvier 1869. Le mois suivant, Fanelli organisa une rencontre à Barcelone avec ceux qui constitueraient le noyau catalan. La majorité de ces deux groupes était liée avec des secteurs républicains.

C’était le cas de deux de leurs principaux dirigeants, Farga Pellicer et González Morago, qui défendaient l’action politique pour instaurer un régime républicain fédéral en même temps qu’une position mutualiste et coopératiste, ce qui impliquait la défense de positions modérées dans le domaine social 1. Cependant, ces premiers internationalistes espagnols connurent une transformation rapide de leurs présupposés idéologiques, pour plusieurs raisons. D’un côté, la dynamique de l’action dans les sections de l’Internationale et, surtout, de l’Alliance, où les contacts continus avec Bakounine et avec ses partisans suisses et belges incitaient, pour parvenir à la révolution sociale, à un positionnement davantage radical et presque anarchisant.

D’autre part, et c’est peut-être encore plus important, les événements en Espagne provoquèrent la méfiance et facilitèrent la critique de l’activité politique chez les éléments les plus anarchistes. En conséquence, le mouvement ouvrier espagnol fut majoritairement de tendance anarchiste, même si, en même temps, les travailleurs conservaient un grand espoir dans la République comme régime de justice sociale. De fait, comme l’a signalé Álvarez Junco, il faudrait se demander si ce qui, à l’époque, s’intitulait anarchisme était quelque chose de radicalement différent du républicanisme. Ainsi, par exemple, quand se produisit l’invasion de la ville de Jerez, en 1892, les assaillants criaient « Vive l’anarchie ! Vive la République ! », tandis que dans un meeting des jeunesses républicaines en 1893 on disait « Le 5, aux urnes et le 6, la révolution 2 ! » Mais pour l’idéologie anarchiste basée sur la négation de l’État, l’apolitisme et l’action directe – entendue dans ce cas comme opposition à tout type de représentation, politique, sociale ou syndicale –, il était indispensable de montrer les différences et, surtout, d’indiquer que le régime républicain n’était pas la panacée et, même plus, qu’il présentait des défauts semblables à ceux de la monarchie. En définitive, que la lutte ne se proposait pas un changement de régime politique mais la réalisation de la révolution sociale. Ce qui se produisit pendant la Première République justifia les thèses anarchistes. La répression par laquelle fut étouffé le mouvement « cantonaliste », avec l’importante présence d’internationalistes dans quelques villes comme Sanlúcar de Barrameda ou Alcoy, favorisa les critiques par rapport au nouveau régime. Critiques qui s’étendirent à d’autres gouvernements démocratiques et républicains davantage consolidés à propos de la revendication de la journée de travail de huit heures. Dans les (...)



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