
Si l’Histoire a retenu - en dépit de la chape de silence et de mépris que le dictateur Franco a longtemps imposée à ceux qu’il avait trahis - le nom de Manuel Azaña, la connaissance de Max Aub est plus problématique. Cet écrivain espagnol reste encore aujourd’hui bien peu visible dans le panorama littéraire français, car seules quelques-unes de ses oeuvres ont été traduites. Leurs trajectoires se croisèrent à diverses reprises, entre les années 1925 et 1940, dans les deux domaines de la littérature et de l’action politique. Max Aub en a laissé témoignage dans ses écrits postérieurs, qui nous permettent de retracer ici quelques-uns des événements vécus par les deux hommes. Max Aub, romancier, dramaturge, essayiste, scénariste, poète… auteur d’une oeuvre multiple et foisonnante, est né à Paris en 1903 avant de devenir Espagnol par l’exil - le premier - de la famille en 1914. Car lorsque la guerre éclate entre l’Allemagne et la France, son père Guillermo Aub, Allemand qui avait choisi de vivre à Paris, comprend que lui-même, sa femme Suzanne, et leurs enfants Max et Magdalena n’ont d’autre choix que l’exil pour éviter d’être considérés comme des ennemis. La famille s’installe à Valence et Max Aub adopte rapidement son nouveau pays, sa langue, sa culture.
Jusqu’à l’avènement de la Seconde République espagnole, qui triomphe par les urnes le 14 avril 1931, Max Aub va rester en dehors du monde politique, organisant sa vie entre son activité professionnelle dans l’entreprise familiale de vente de bijoux pour hommes et sa vocation littéraire, plus particulièrement tournée vers le théâtre. Cette vocation l’incite à participer aux diverses tertulias, ces groupes de discussion qui se réunissent régulièrement autour de personnalités du monde des lettres dans les cafés de Barcelone, Madrid, Séville ou Valence. C’est dans l’un de ces cercles qu’il fait la connaissance de Manuel Azaña, selon ses propres souvenirs évoqués dans une série d’entretiens avec André Camp, diffusés en 1967 sur France-Culture : « J’ai commencé à faire en 1925, grâce à Monsieur l’académicien Jules Romains, mes premiers pas littéraires, car je me trouvais assis au milieu d’une tertulia, une réunion amicale au café Regina l’après-midi avec Salinas et García Lorca, et à 7 heures du soir avec Valle-Inclán et Azaña. (…) Nous lisions et nous écrivions dans les mêmes revues (…) jusqu’à 1923 España, et puis après, avec la dictature de Primo de Rivera et la mort de (...)
Avec la participation de Patrick Cabanel, Antonio Ferrer Benimelli, Hilari Raguer, Joseph Pérez, Gérard Malgat et Elvire Diaz...Commander le dès aujourd’hui