Arkheia, revue d'histoire

Marcel Gitton : La troublante confession de son chauffeur

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Arkheia n°22

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Le 15 mai 1941, Jeanne Dessart 2 est arrêtée à Paris, porte de Saint-Cloud, à la suite d’un coup de filet qui frappe le coeur du service des cadres du PCF. Les policiers des Brigades spéciales anticommunistes mettent la main sur des fiches biographiques ainsi que sur des enquêtes strictement internes au parti clandestin, son organe d’autosurveillance. La plus étonnante concerne Gitton, n° 3 du parti jusqu’en novembre 1939, dont les communistes disent maintenant qu’il était un agent infiltré par la police.

Marcel Gitton, un indicateur au Bureau politique ? L’ennemi aurait-il pu pénétrer si profondément un organisme aussi bien défendu ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une fable construite après que Gitton rompit avec le communisme, dans le contexte particulier de l’entrée en guerre et après la dissolution du parti communiste ? Un document trouvé parmi ceux qui furent saisis à la mi-mai 1941 permet enfin de trancher. L’auteur de cette étonnante confession n’est autre que Gaston Leroux, patronyme qui ne s’invente pas ! Fils de Gaston Leroux père, secrétaire de la section communiste d’Ivry-sur-Seine et proposé par le conseil municipal comme délégué sénatorial, Gaston Leroux fils fait partie des éléments de confiance de l’appareil en tant que chauffeur/garde du corps. Si l’homme est un peu fruste, il est pour le moins lucide 3. On suit à travers son regard le passage graduel du groupe dirigeant dans l’illégalité, et notamment de Jacques Duclos, Benoît Frachon et Arthur Ramette, qui se cachent avant de s’évaporer. Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF passe, quant à lui, la frontière belge au début du mois d’octobre 1939 : « Après avoir conduit Gitton à Épinal où il rejoignait le 223e régiment d’infanterie, je suis revenu à Paris où j’ai pris la Camarade Mauvais [femme de Léon Mauvais, membre du Bureau politique] et ses enfants pour les conduire dans les Côtes-du- Nord. A mon retour, j’ai été désigné pour conduire les camarades Duclos, Frachon et Ramette et je dois ajouter que j’ai moi-même hébergé ce dernier camarade une nuit ! Après le départ de ces trois camarades, j’ai conduit le camarade Bonte jusqu’au moment où le Parti fut mis dans l’illégalité. Étant obligé de trouver un autre emploi, j’ai trouvé une place dans un garage Citroën, rue Frémicourt, dans le XVe arrondissement. Dans l’intervalle, je m’étais occupé de louer un pavillon à Ézanville, ma résidence [aujourd’hui située dans le Val-d’Oise, Ézanville se trouve au nord-ouest d’Écouen], pour la famille Gitton. Ce pavillon avait été loué par une amie de ma belle-mère qui savait l’origine des nouveaux locataires. J’ai donc ramené Mme Gitton qui demeurait chez la camarade Duclos 4. Sa mère et ses deux fils étaient à Étréchy (Seine-et-Oise), chez leur oncle : j’ai ramené tout ce monde à Ézanville, 14 rue des Écoles, leur nouveau (...)


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