Si la mémoire est nécessaire et utile, elle est, par nature, subjective, partielle et partiale. Le travail historique consiste à tenter de reconstituer le passé dans sa complexité et ses multiples nuances. Aussi, en 2010, l’association Présence de Manuel Azaña a souhaité explorer la manière dont la mémoire de Manuel Azaña s’est construite, aussi bien en France qu’en Espagne, du côté des vainqueurs de la Guerre civile comme de celui des exilés républicains. L’exil républicain ne constituant pas un ensemble homogène, loin s’en faut, il convenait d’étudier comment les différentes tendances politiques – républicains, anarchistes, socialistes, communistes – avaient entretenu ou non la mémoire de Manuel Azaña au long des années de déracinement. Des historiens de la UNED ont apporté des analyses remarquables sur le devenir de la mémoire de Manuel Azaña : Alicia Alted Vigil a étudié les gouvernements et partis républicains en exil, Àngel Herrerín López s’est penché sur le mouvement anarchiste et ses rapports avec la République, tandis que Santos Juliá Díaz a décrit l’imaginaire des vainqueurs. Sur le mouvement socialiste en exil, dont il est un grand spécialiste, Bruno Vargas, de l’Université d’Albi, a repéré les étapes de mémoire et d’oubli et Fernando Hernández Sánchez, de la Universidad autónoma de Madrid, a décrit les relations entre Manuel Azaña et les communistes.
Nous avions conscience de prendre un grand risque en abordant un tel thème car, on le sait, sans parler des franquistes, nombre de partis et mouvements du camp « républicain » n’ont pas manqué de faire porter à Manuel Azaña le poids de la défaite finale. Mais il n’y a pas de tabou en histoire et c’est en explorant lucidement la difficulté de construction de la mémoire de Manuel Azaña que, progressivement, sans éluder aucun aspect, sa personnalité et sa stature émergeront véritablement. Comme Diego (...)