Arkheia, revue d'histoire

Manuel Azaña et Cipriano de Rivas Cherif

Par Enrique de Rivas
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Enrique de Rivas, écrivain, éditeur, ancien diplomate et fils de Cipriano de Rivas Cherif. Traduction de Jean-Pierre Amalric.

(...) marqua le point d’ orgue de sa francophilie, quand il assista aux fastes de la restitution de l’Alsace et de la Lorraine en application du traité de Versailles : il l’avait exprimée pleinement pendant la guerre de 1914 - 1918, en soutenant avec enthousiasme la cause alliée, qu’il voyait surtout incarnée par la France et ce qu’ elle représentait, par sa culture, ses institutions, et enfin sa République, comme le démontrent les nombreux articles qu’il publia et sa conférence de l’Ateneo sur Reims et Verdun après les deux voyages effectués sur le front pendant la guerre. Mais le livre où il approfondit le plus son intérêt pour les institutions françaises est celui qui ouvre une série de trois ouvrages intitulés Estudios de política francesa contemporánea, le seul qu’il écrivit, consacré à La política militar. Paru en 1919, le livre eut peu de lecteurs parmi les Espagnols auxquels il était destiné, avançant des propositions telles que : « l’inévitable suppression de l’armée permanente est un gain absolu, un bien à l’état pur sans quelque mal que ce soit », « la suppression de l’armée permanente apporterait la liberté à l’Espagne » - entre autres idées et analyses appliquées aux réalités espagnoles de l’époque, préfigurant le ministre des réformes militaires de 1931. Pendant leur séjour à Paris Azaña et Rivas Cherif fréquentent surtout le théâtre, le ballet ; si Azaña y trouve de quoi le confirmer dans son credo français, Rivas Cherif, qui séjourne pour la première fois à Paris, profite de l’occasion de découvrir les nouveaux courants théâtraux, des Ballets russes au Vieux Colombier, et jusqu’aux chansonniers de Bobino à Montparnasse. Le metteur en scène Jacques Copeau l’intéressa surtout, à côté de Lugné-Poe, de Cocteau, de Darius Milhaud, etc. Le voyage à Paris ne fut pas étranger à la naissance de la revue La Pluma, dont les deux amis se partagèrent les fonctions de rédacteurs, grâce au concours de Amós Salvador Carreras, qui affecta son indemnité de député du Parti Libéral au financement de la revue de ses amis. Ceux - ci se proposaient de « ne pas transiger avec le climat de l’époque », en rassemblant autour d’ eux « un petit nombre d’ écrivains [ … ] unis par une même hostilité aux agents de la corruption du goût » et qui « tendent à prendre le même tournant de la pensée contemporaine ». Leur revue se voulait donc à la fois protestataire, non - conformiste et moderne. Elle avait choisi pour inquiétante devise : « la plume assure les châteaux, les couronnes et les rois, comme elle soutient le droit. » Les chroniques de littérature française, anglaise, italienne, allemande, étaient confiées à un correspondant de chacun de ces pays. Le chroniqueur français, durant presque toute la durée de La Pluma, fut Julien Bertaut, tandis que des comptes rendus furent consacrés - principalement par Azaña ou (...)


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