
Rivas Cherif eut une passion, le théâtre ; il lui consacra le meilleur de lui - même, au point que même la prison ne put l’arracher à sa vocation dominante, parvenant à y organiser le Théâtre - école d’Art qu’il avait créé au temps de la République tout en exerçant d’autre part la direction de la compagnie de Margarita Xirgu, et qui avait constitué le couronnement de son activité de metteur en scène d’avant - garde, commencée justement en 1918 à l’Ateneo avec la représentation de la Phèdre d’Unamuno. La Escuela Nueva, El Mirlo Blanco, El Cántaro roto, El Caracol sont aujourd’hui autant de jalons du théâtre moderne, d’avant - garde, qu’il défendit tout au long de sa vie, en Espagne et hors d’Espagne. Mais son amitié avec Azaña, fondée comme toute amitié sur des affinités plus ou moins électives, ne se fonda pas particulièrement sur le théâtre, mais plutôt sur la littérature en général ; encore qu’Azaña fût également amateur de théâtre et écrivît lui - même pour la scène. En dehors des contrastes de caractères, sur lesquels reposent souvent aussi les grandes amitiés, l’une des affinités qui compta beaucoup pour eux fut une tournure d’ esprit commune difficile à décrire, mais dont leur abondante correspondance, largement publiée, offre des exemples probants : la passion critique, plus analytique et profonde chez Azaña, plus sociable et spirituelle chez Rivas Cherif, mais empreinte chez les deux d’un esprit positif, les conduisit à fonder en 1920 la revue La Pluma et à collaborer à l’hebdomadaire España. Rivas Cherif partageait aussi avec lui le goût de la conversation, qui ne consiste pas seulement à parler, car tous deux s’appuyaient sur un même fond culturel, de façon positive autant que négative : tous les deux avaient été (...)