En situation d’exil, loin du territoire pour lequel ils revendiquent des droits particuliers, que reste-t-il de leur idéologie, de leurs aspirations et de leurs mythes ? Comment et avec quels objectifs interviennent-ils dans l’exil français, quels sont leur comportement politique, leur activité culturelle, leurs liens respectifs avec la société française et avec l’Espagne ? Enfin, quels ont été le rôle et la fonction de cet exil nationaliste : a-t-il assuré la jonction entre l’avant-franquisme et l’après-franquisme ? Est-ce que des exilés ont – personnellement – aidé à cette jonction en se réinsérant dans leur région d’origine avec des responsabilités importantes ? Quelles sont les similitudes et les différences entre les exils basque et catalan, car cet exposé sera centré sur ces deux nationalismes et il n’y sera pas question de l’exil galicien ? Autant de questions auxquelles il ne sera pas toujours apporté de réponses – en tout cas rarement de réponses définitives – car beaucoup d’aspects restent encore à explorer.
Pourtant, de nombreux ouvrages sont parus depuis une trentaine d’années, en Catalogne ou en Euskadi, étudiant l’activité politique des Catalans et des Basques en exil, les institutions basque et catalane reconstituées à l’extérieur ou l’action culturelle des nationalistes en France 1. Mais, ces ouvrages sont centrés sur l’une ou l’autre des nationalités et il n’existe pas de véritable étude comparative. Le même phénomène peut être constaté en France où, généralement, c’est l’un des nationalismes qui est étudié 2.
De par l’extension géographique des cultures catalane et basque de part et d’autre des Pyrénées, les Catalans et les Basques avaient développé avant leur exil des liens anciens et importants avec des secteurs de la société française. L’ancienneté et la force des liens intellectuels, politiques et amicaux entretenus souvent depuis des décennies ont, dans bien des cas, atténué les affres de l’exil. Les nationalistes catalans avaient, depuis le début du XX e siècle, des liens anciens avec les intellectuels occitans et roussillonnais, liens réactivés fortement dans les années 1920 et 1930, ce qui explique notamment les élans de solidarité manifestés à leur égard par ces derniers lors de leur exil. Beaucoup d’intellectuels et d’hommes politiques catalans exilés en 1939 avaient collaboré à des revues catalanes françaises et à des revues occitanes, avaient eu des contacts avec des leaders du mouvement occitaniste et travaillé avec eux dans (...)