En dépit de cette faiblesse et d’une efficacité réduite, les partis politiques essayèrent de se réorganiser autant qu’ils le purent, surtout au Mexique et en France, et, ce qui peut sembler le plus singulier, ils reconstituèrent les institutions républicaines, qui se maintinrent entre 1945 et 1977. Cette République en exil tenta de représenter une légitimité qui ne s’inclinait pas devant une situation de fait et supposait une force morale de la part de ceux qui la soutinrent tout au long de ces années, par-delà les avatars, les défections, le manque de crédibilité internationale, et au sein de l’exil lui-même à partir de 1947. Cette contribution se propose de retracer l’histoire de cette République sans territoire, en insistant sur les groupes politiques qui la soutinrent, et en essayant de voir dans quelle mesure la mémoire de Manuel Azaña survécut au travers des différents gouvernements républicains qui se succédèrent.
Dès le soulèvement militaire en juillet 1936, le principal problème auquel eut à faire face la République fut celui de sa représentativité. La transformation du conflit en guerre civile, et les circonstances dans lesquelles se fait se produisit, altérèrent le fonctionnement des organes institutionnels républicains et questionnèrent la légitimité du régime. Cela fut accentué par les événements qui eurent lieu dans les derniers mois de la guerre. Les 5 et 6 février 1939, les présidents de la République et des Cortès, comme les présidents du gouvernement central et des gouvernements autonomes, franchirent la frontière française avec leurs ministres. Quelques jours après, le président du gouvernement, Juan Negrín, et son ministre d’État, Julio Álvarez del Vayo, décidèrent de retourner en zone Centre-Sud, atterrissant à Alicante le 10 février. La politique de résistance que maintenait Negrín était seulement soutenue par sa propre tendance au sein du Parti socialiste et par les communistes. Les socialistes radicaux proches de Francisco Largo Caballero n’oubliaient pas l’offensive qu’il avait lancée contre ce dernier à peine arrivé au pouvoir en mai (...)