Arkheia, revue d'histoire

Le voyage de Gaston Doumergue dans le Sud-Ouest inondé

Par Dominique Versavel
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Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur : Dominique Versavel est diplômée de l’école des Chartes. Elle est l’auteur d’une thèse intitulée : Les voyages présidentiels dans la France de l’entre-deux-guerres : rôles et images des chefs de l’Etat de 1918 à 1940.

(...) président. Soucieuse de couvrir le plus large territoire possible, la Présidence s’impose du reste un changement de rythme que La Dépêche de Toulouse ne manque pas de remarquer : “On sait, dit l’article, que le plus souvent au cours de ses déplacements le chef de l’Etat fait stopper son train pendant la nuit, afin de pouvoir prendre un repos plus paisible. Tant à l’aller qu’au retour il a cette fois rompu avec cette coutume en raison des circonstances et de l’urgence du voyage“. Et d’ajouter : “tout la nuit le convoi a roulé à vitesse réduite. De très bonne heure les lumières avaient été éteintes dans le wagon présidentiel ; le président était très fatigué : il a parcouru en un jour et demi près de 600 km en automobile sur des routes défoncées et vu quinze localités“. Hors normes, cette visite l’est donc par son rythme effréné, peu coutumier de la prestance présidentielle et par la souplesse de son organisation horaire. Loin de donner le spectacle de sa maîtrise du temps et du monde, la Présidence est avant tout présente pour observer et se rendre témoin. Le faste républicain traditionnellement de mise dans les parades élyséennes est d’ailleurs réduit à sa plus simple expression. La voiture présidentielle est décorée du minimum : un fanion de soie tricolore à franges dorées suffit à la distinguer des autres véhicules du cortège. Le président, Gaston Doumergue, reste nu tête au cours des visites et marche comme tous dans la boue des décombres. Cette sobriété discrète de la suite élyséenne est remarquée des journalistes locaux qui notent le contraste avec les traditionnelles démonstrations du pouvoir central. “Ca n’a rien à voir, constate La Dépêche de Toulouse, avec la fête du millénaire de la cité [de Carcassonne]“. La discrétion de la Présidence s’explique tout d’abord par la “gravité pathétique“ de ce déplacement dans le Sud. Les officiels s’effacent en effet devant les véritables acteurs du moment, le deuil, le cataclysme et ses victimes. La sobriété du cortège répond donc à un respect de bon aloi pour des populations en souffrance qui n’ont que faire de pavoiser. Les habitants sont en effet traumatisés et les photographies le traduisent bien, qui les montrent fouillant la boue et les décombres sous les yeux mêmes du président. A Montauban, dans le quartier de Villebourbon, le curé Belloc garde sa soutane boueuse pour saluer le chef de l’Etat... La Présidence doit en conséquence se mettre au diapason des populations touchées, se faire discrète, rester en retrait et abolir les distances traditionnelles. Mais cette attitude hors normes est également la marque d’un glissement de signification dans le rôle du chef de l’Etat en visite. Alors que d’ordinaire le rôle majeur du premier magistrat en province est de rallier symboliquement, par sa présence, des individualités ou des entités locales à la (...)


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