Arkheia, revue d'histoire

Le voyage de Gaston Doumergue dans le Sud-Ouest inondé

Par Dominique Versavel
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Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur : Dominique Versavel est diplômée de l’école des Chartes. Elle est l’auteur d’une thèse intitulée : Les voyages présidentiels dans la France de l’entre-deux-guerres : rôles et images des chefs de l’Etat de 1918 à 1940.

(...) afin d’aller sur place constater les dégâts. Aussi les préfets des départements concernés, à Agen, Montauban, Toulouse, Montpellier, Carcassonne et Albi ne sont-ils prévenus que trois jours avant la venue présidentielle. Dans l’agitation que l’on devine, par ailleurs, les préfets doivent donc prévoir en toute urgence les itinéraires à emprunter dans les meilleures conditions et prendre les mesures habituelles pour la protection et la sécurité du président. Cette désorganisation se ressent, du reste, à travers la liste très réduite des journaux représentés auprès du chef d’Etat durant son long périple dans le Sud : seuls quinze journaux, une agence photographique et une agence cinématographique sont ainsi présents sur place. Peu d’officiels, par ailleurs, accompagnent le président : aux côtés de Gaston Doumergue se trouvent seulement André Tardieu, président du Conseil, quatre membres des services de la Présidence, deux inspecteurs de la Sûreté Nationale et trois valets du président. Le cortège ne comprend en tout et pour tout que six automobiles. Or, il suffit de comparer ces chiffres avec les trente journalistes et la vingtaine de voitures habituelles, pour comprendre que l’heure n’est pas à la pompe républicaine mais bien à l’extrême urgence et qu’il est moins temps de se soucier du faste élyséen que d’une présence effective et efficace sur les lieux du drame. Le déroulement du voyage traduit à son tour et à bien des égards l’état d’urgence et de détresse dans lequel il est effectué. Du fait de son organisation minimale, le déplacement présidentiel subit des imprévus et des contretemps liés au chaos général, au mauvais état des routes et à la non préparation des hôtes du président. Cependant, cette organisation malléable et fluctuante de l’emploi du temps présidentiel résulte autant de l’urgence du voyage que du choix délibéré d’une plus grande souplesse. Dans cette situation de tragique désordre, le pouvoir doit en effet être capable de s’adapter. Sa rigidité coutumière pourrait être mal interprétée par les populations éprouvées, en mal d’attention, de promesses et de secours. Le fossé habituellement maintenu entre une présidence lointaine, allant droit sa route et une population désireuse de reconnaissance s’assouplit donc dans ces cas extrêmes, où la rigueur protocolaire serait de mauvais aloi. C’est ainsi que très exceptionnellement, le programme d’ordinaire figé et minuté de la Présidence subit des modifications selon les attentes des habitants rencontrés. A Reyniès, village le plus éprouvé de Tarn-et-Garonne, le cortège présidentiel s’attarde donc afin de constater en détail l’étendue des dégâts et de rencontrer le plus grand nombre de victimes. Les autorités de Villemur en Haute-Garonne devront donc - chose inconcevable en d’autres temps - attendre plus longtemps la venue du (...)


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