Arkheia, revue d'histoire

Le voyage de Gaston Doumergue dans le Sud-Ouest inondé

Par Dominique Versavel
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur : Dominique Versavel est diplômée de l’école des Chartes. Elle est l’auteur d’une thèse intitulée : Les voyages présidentiels dans la France de l’entre-deux-guerres : rôles et images des chefs de l’Etat de 1918 à 1940.

(...) cette étude attentive de la presse nationale et ocale nous a à double titre intéressé. Juxtaposés aux maigres programmes officiels des services organisateurs, ces articles nous ont d’abord révélé les spécificités formelles et protocolaires de ce voyage, en soulignant l’absence très significative des normes habituellement en vigueur lors des déplacements présidentiels sur le territoire. Leur analyse nous offrait ainsi une définition en creux du cérémonial d’état et de la mise en scène rituelle de la présidence de la République. La comparaison des presses nationale et locale a du reste mis en évidence des nuances certaines dans la manière dont le rôle du chef de l’Etat était perçu et appréhendé par les Français de l’époque. Les points de vue divergent en effet nettement selon que l’on se trouve loin des faits, à Paris, centre politique de la France, ou que l’on soit au cœur du drame, en province, là où le pouvoir central est à bien des égards interprété et fantasmé. L’observation des articles et des expressions employées dans les récits de ce voyage présidentiel s’avère, comme nous le verrons, riche d’enseignements sur ces conceptions divergeantes du pouvoir exécutif.

Un voyage hors normes : la force des circonstances

Provoqué par des événements imprévus, le voyage que nous qualifions de “circonstanciel“, se distingue donc des autres types de visites par son organisation mais aussi par son déroulement et son atmosphère propres. En raison le plus souvent de catastrophes graves touchant un grand nombre de Français, le président doit se rendre sur les lieux du drame pour y distribuer des aides et y prononcer des paroles de solidarité et d’encouragement au nom de la nation qu’il représente. Son rôle de soutien moral y est alors accentué au détriment de sa mission de “propagande“ républicaine. Du reste, la distance protocolaire traditionnellement respectée lors des visites du chef d’Etat s’estompe sous l’effet d’une organisation réduite et en vue d’un contact accru entre les citoyens meurtris et le premier représentant de la république. Le voyage du président Gaston Doumergue dans le Sud-Ouest ravagé par les eaux est intéressant en ce sens qu’il souligne et confirme les caractéristiques hors normes de ces visites officielles “improvisées“. Ainsi, alors que les voyages traditionnels du chef de l’Etat font l’objet d’une organisation minutieuse et d’un cérémonial protocolaire rigoureusement réglé - propres à bannir toute forme de hasard ou d’accidents fâcheux et à “garantir l’expression de l’ordre en politique“ - ce déplacement d’urgence dans le Sud fait preuve d’une certaine désorganisation. Le voyage est en effet programmé avec la plus grande célérité : l’inondation ayant eu lieu dans la nuit du 4 au 5 mars 1930, la Présidence prévoit dés le 6 mars un voyage pour les 9 et 10 mars suivants, (...)



| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
En vente sur ce site
1940, la Belgique du repli. L’histoire d’un petite Belgique dans le Sud-Ouest de la France (100 photos et 50 témoignages inédits).
Les Caprices du Temps
Antoni Tapies, le peintre n’est (...) Le peintre et sculpteur Antoni Tapies est décédé le 6 février à Barcelone, sa ville natale, à l’âge de 88 ans. Il était l’artiste espagnol le plus important de la seconde moitié du XXè siècle, "le dernier" (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia