Arkheia, revue d'histoire

Le sort des Tsiganes périgourdins autour de la Seconde guerre mondiale

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : attaché de recherche à la Fondation Maison des sciences de l’homme (Paris) et coordinateurs de la rédaction de la revue Arkheia.

(...) dizaine de roulottes occupées par une cinquantaine de nomades de tous âges, stationnées place de l’Abattoir, à Périgueux : « Cette colonie, par ses agissements, apporte la perturbation dans le quartier. Presque quotidiennement, des cris et des bagarres troublent la tranquillité publique jusqu’à une heure avancée de la nuit. Par ailleurs, leur manque total d’hygiène […] incommode fortement la population qui, de plus, porte à leur actif la disparition d’animaux domestiques (chats). »

Mise en place du carnet anthropométrique d’identité

Avec la loi du 16 juillet 1912 intervient la mesure la plus coercitive en matière de surveillance des Tsiganes. Elle instaure un système de contrôle discriminatoire et disciplinaire, à caractère racial, qui classe les Tsiganes en trois catégories : les marchands ambulants, les forains et les nomades. L’article 3 introduit une nouvelle pièce d’identité : le carnet anthropométrique, délivré par le préfet ou le sous-préfet. Pour être autorisé à séjourner dans une commune, à l’arrivée comme au départ, le nomade doit présenter son carnet d’identité au commissariat de police ou à la gendarmerie, et à défaut à la mairie. Sur le carnet doivent figurer le nom de la commune, la date d’arrivée et de départ. De l’aveu même du commissaire Jules Sébille, à la tête du Contrôle général des services de recherches judiciaires, le but poursuivi est d’obliger « les nomades à se fixer et à abandonner la vie errante pour devenir des citoyens normaux ». Ces dispositions visant à inciter les Tsiganes à se sédentariser permettent aux autorités de contrôler à tout moment leur identité et de reconstituer leurs itinéraires, facilitant ainsi la recherche d’un individu. En plus du carnet anthropométrique individuel, il est prévu un carnet collectif destiné au chef de famille. Tous les membres de la famille ou du groupe figurent dans ce carnet où sont mentionnés leur état civil, leur signalement ainsi que les liens de droit ou de parenté qui les rattachent au chef de famille. Les naissances, mariages, divorces et décès sont également notés sur le carnet collectif. Les nomades doivent enfin apposer sur leurs véhicules une plaque de contrôle spéciale dont le numéro est inscrit sur le carnet collectif. En février 1913, un règlement d’administration publique précise les renseignements devant figurer sur le carnet anthropométrique : « la hauteur de la taille, celle du buste, l’envergure, la longueur et la largeur de la tête, le diamètre bizygomatique, la longueur de l’oreille droite, la longueur des doigts médius et auriculaire gauche, celle de la coudée gauche, la couleur des yeux ; des cases sont réservées pour les empreintes digitales et pour les deux photographies (profil et face) du porteur du carnet ». En raison de l’instabilité de leurs caractères morphologiques, les enfants de moins de 13 ans n’ont pas de (...)


Réagir à cet article 2 Messages de forum
  • MERCI
    15 septembre 2011 12:57
    Bonjour, j’ai apprit plein de chose sur mon peuple en France, perso je suis manouche, né en France, mai parent aussi (tous les 2 fonctionnaire)et élever en maison avec la caravane dans la cour,et a la maison on parlai moitie Français et moitie manouche (dialect, puisque pas de grammaire) ma famille vient d’Italie, et pour pas être déporter par Mussolini a changer juste une lettre sur notre patronnime pour que notre nom soit total Français (MICHELET)sa sonne bien français non ? ma famille c donc installer en Bretagne (vannes)mai je les connais pas moi perso suis a paris, mai toujours fière de mais racines encore une foi, merci pour ces renseignements.
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    • Très bon article !
      6 novembre 2012 19:02, par Dusan tiganilor
      Bonjour,étant tzigane également notre nom à été changé ou plutôt italianisé venant des pays de l’est pour fuir les percussions des gitans avant la guerre,quand la guerre est arrivé,notre famille voyageait entre plusieurs pays d’Europe centrale et s’est réfugiée en Suisse qui était un pays neutre,semi-sédentarisés dans le nord est de la France et tziganes non sédentarisés qui voyagent encore dans toute la France et en Europe,c’est grâce au changement de nom qui nous a sauvés mais les problèmes sont toujours restés,les préjugés,insultes,mettre le feu aux caravanes,on nous appelaient "les romanos du chemin" après la guerre,ma mère sédentarisé complètement depuis un moment,je n’ai jamais voyagé,une partie de la famille veut reprendre la route ainsi que moi,c’est nos racines mais le carnet de circulation donne un étiquette,je trouve ça discriminatoire mais ça peut servir à innocenter de vols commis dont nous pouvons être accusés,ça a du et du mauvais mais c’est un enlèvement de liberté,ne pas retrouver ses racines pour ne pas avoir de problèmes,je pense à l’extermination de mon peuple encore aujourd’hui très souvent,une pensée aux victimes de mon peuples et aux autres qui ont été considérés inférieur à la race humaine,pourrons nous vivre enfin un jour en paix ? Les sédentaires non gitans ont beaucoup à apprendre sur nous afin de voir disparaître les préjugés et misères depuis 1000 ans. Paix à tout le monde,à mon peuple et fier d’être Rrom.
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