
À la fin du XIXe siècle, “les nomades”, puisque c’est ainsi qu’ils sont désignés, inquiètent sérieusement les pouvoirs publics. Le nomadisme des Tsiganes pose en effet un problème au ministre de l’Intérieur et aux autorités préfectorales qui ne peuvent exercer sur eux le moindre contrôle. Mis à l’index, ils sont qualifiés d’“asociaux indésirables”, voleurs et paresseux, coupables de propager des maladies (choléra et typhus). De plus, après la guerre de 1870, ils sont aussi accusés d’être des agents au service de l’Allemagne… En 1895, selon un recensement du ministère de l’Intérieur, 450000 individus sillonnaient les routes de France, dont « 25000 nomades en bande voyageant en roulotte ». Ce dénombrement constitue une première étape dans l’élaboration d’une législation applicable aux Tsiganes. Le dispositif législatif et policier qui se met en place peut se résumer en trois points : surveillance, identification et contrôle. Une seconde étape intervient au printemps 1940. De nouvelles mesures liberticides apparaissent, parmi lesquelles l’assignation à résidence, la détention en centre de séjour surveillé et en camp d’internement.
Cette loi procure aux maires les moyens dont ils manquaient jusque-là pour se débarrasser des Tsiganes qui s’installent sans autorisation sur le territoire de leurs communes. Encouragés par le préfet, les magistrats municipaux vont recourir largement aux articles 97 et 98 de la loi du 5 avril 1884. Même si la mention “nomade” n’apparaît pas, il est facile de comprendre qu’ils sont clairement visés par ce texte. De fait, l’article 97 stipule que « la police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté et la salubrité publiques ». Lui incombe notamment « le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique, telles que […] les attroupements, les bruits et rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants, et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique […] de remédier aux événements fâcheux quipourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces ».

Cette allusion vise les forains montreurs d’ours et, plus largement, les nomades connus pour laisser divaguer leurs (...)

Les enfants juifs cachées dans les fermes des paysans du Sud-Ouest ont été pour beaucoup séparés définitivement de leur famille. Insérés dans un milieu et une société française qu’ils ne connaissent pas. Ceux que l’on appelera bien plus tard les "Justes". Dans le même temps, d’autres enfants vont devoir affronter dès l’Epuration, l’opprobre de la population. Qualifié d’enfants de "boches", ce sont autant d’enfance brisée...