Arkheia, revue d'histoire

Le sort des Tsiganes périgourdins autour de la Seconde guerre mondiale

Par Jacky Tronel
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : attaché de recherche à la Fondation Maison des sciences de l’homme (Paris) et coordinateurs de la rédaction de la revue Arkheia.

Page suivante

Qu’ils soient Gitans, Manouches, Sintis, Bohémiens ou Romanichels, les Tsiganes ont en commun la culture nomade, une origine lointaine (le nord-ouest de l’Inde) ainsi qu’une même langue, le romani. Leur présence en Périgord, des années 20 aux années 40, a été marquée par l’exclusion et la répression. Assignés à résidence sous la Troisième République, internés sur ordre des Allemands sous Vichy, nombreux sont ceux qui ont connu les camps français d’internement, parmi lesquels celui du Sablou, situé sur la commune de Fanlac, en Dordogne.

À la fin du XIXe siècle, “les nomades”, puisque c’est ainsi qu’ils sont désignés, inquiètent sérieusement les pouvoirs publics. Le nomadisme des Tsiganes pose en effet un problème au ministre de l’Intérieur et aux autorités préfectorales qui ne peuvent exercer sur eux le moindre contrôle. Mis à l’index, ils sont qualifiés d’“asociaux indésirables”, voleurs et paresseux, coupables de propager des maladies (choléra et typhus). De plus, après la guerre de 1870, ils sont aussi accusés d’être des agents au service de l’Allemagne… En 1895, selon un recensement du ministère de l’Intérieur, 450000 individus sillonnaient les routes de France, dont « 25000 nomades en bande voyageant en roulotte ». Ce dénombrement constitue une première étape dans l’élaboration d’une législation applicable aux Tsiganes. Le dispositif législatif et policier qui se met en place peut se résumer en trois points : surveillance, identification et contrôle. Une seconde étape intervient au printemps 1940. De nouvelles mesures liberticides apparaissent, parmi lesquelles l’assignation à résidence, la détention en centre de séjour surveillé et en camp d’internement.

La loi du 5 avril 1884 sur l’organisation municipale

Cette loi procure aux maires les moyens dont ils manquaient jusque-là pour se débarrasser des Tsiganes qui s’installent sans autorisation sur le territoire de leurs communes. Encouragés par le préfet, les magistrats municipaux vont recourir largement aux articles 97 et 98 de la loi du 5 avril 1884. Même si la mention “nomade” n’apparaît pas, il est facile de comprendre qu’ils sont clairement visés par ce texte. De fait, l’article 97 stipule que « la police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté et la salubrité publiques ». Lui incombe notamment « le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique, telles que […] les attroupements, les bruits et rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants, et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique […] de remédier aux événements fâcheux quipourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces ».

Cette allusion vise les forains montreurs d’ours et, plus largement, les nomades connus pour laisser divaguer leurs (...)


Page suivante

Réagir à cet article 2 Messages de forum
  • MERCI
    15 septembre 2011 12:57
    Bonjour, j’ai apprit plein de chose sur mon peuple en France, perso je suis manouche, né en France, mai parent aussi (tous les 2 fonctionnaire)et élever en maison avec la caravane dans la cour,et a la maison on parlai moitie Français et moitie manouche (dialect, puisque pas de grammaire) ma famille vient d’Italie, et pour pas être déporter par Mussolini a changer juste une lettre sur notre patronnime pour que notre nom soit total Français (MICHELET)sa sonne bien français non ? ma famille c donc installer en Bretagne (vannes)mai je les connais pas moi perso suis a paris, mai toujours fière de mais racines encore une foi, merci pour ces renseignements.
    Répondre à ce message
    • Très bon article !
      6 novembre 2012 19:02, par Dusan tiganilor
      Bonjour,étant tzigane également notre nom à été changé ou plutôt italianisé venant des pays de l’est pour fuir les percussions des gitans avant la guerre,quand la guerre est arrivé,notre famille voyageait entre plusieurs pays d’Europe centrale et s’est réfugiée en Suisse qui était un pays neutre,semi-sédentarisés dans le nord est de la France et tziganes non sédentarisés qui voyagent encore dans toute la France et en Europe,c’est grâce au changement de nom qui nous a sauvés mais les problèmes sont toujours restés,les préjugés,insultes,mettre le feu aux caravanes,on nous appelaient "les romanos du chemin" après la guerre,ma mère sédentarisé complètement depuis un moment,je n’ai jamais voyagé,une partie de la famille veut reprendre la route ainsi que moi,c’est nos racines mais le carnet de circulation donne un étiquette,je trouve ça discriminatoire mais ça peut servir à innocenter de vols commis dont nous pouvons être accusés,ça a du et du mauvais mais c’est un enlèvement de liberté,ne pas retrouver ses racines pour ne pas avoir de problèmes,je pense à l’extermination de mon peuple encore aujourd’hui très souvent,une pensée aux victimes de mon peuples et aux autres qui ont été considérés inférieur à la race humaine,pourrons nous vivre enfin un jour en paix ? Les sédentaires non gitans ont beaucoup à apprendre sur nous afin de voir disparaître les préjugés et misères depuis 1000 ans. Paix à tout le monde,à mon peuple et fier d’être Rrom.
      Répondre à ce message

| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Les prisons militaires
Découvrez le blog de Jacky Tronel
Les Tondues de 1944
Ils ont su dire NON. Paroles de (...) François Icher et Pierre Laborie, Ils ont su dire NON. Paroles de Résistants, Paris, éditions de La Martinière, 2008, 256 pages. Pendant longtemps a triomphé une vision politique et militaire de la (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia