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Le repli des armées française, juin 1940

Par Colonel Jacques Vernet
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Directeur de la Revue historique des armées.

Toute réflexion à propos de ce qu’on appelle l’exode de juin 1940 conduit à s’interroger sur la cause de cet exode, à savoir la défaite militaire. Celle-ci a engendré ce phénomène inattendu mais explicable que des politologues et des psychosociologues peuvent sans doute analyser et expliquer. Cependant, la question initiale reste posée : pourquoi ce repli des armées ?

Il n’est pas question ici de reprendre toute l’histoire de la campagne de France du 10 mai au 25 juin 1940, encore moins celle des mois qui l’ont précédé où tous les éléments de la catastrophe se mettent en place. Le propos de cette communication est de préciser qu’au début du mois de juin, rien n’était totalement perdu et que la psychose de fuite pouvait être évitée. L’usure des armées françaises n’a pas permis le rétablissement espéré et, dès lors, une manœuvre en retraite s’imposait pour sauver le maximum de ce qui pouvait l’être. Mais, alors, la population ne pouvait qu’être poussée à accompagner ce mouvement. Ce sera l’exode. Ce document a donc en trois parties : la tentative de rétablissement de début juin 1940, puis les dispositions prises par le Commandement, enfin le repli des armées, dont on sait que le point terminal s’est justement trouvé à Montauban.

La bataille de la Somme (5 au 11 juin 1940)

“ La ligne Weygand ” : espoirs et réalités Après l’échec, du 23 au 25 mai, des tentatives de dégagement des armées françaises et britannique isolées dans la vaste poche créée par la poussée des divisions blindées allemandes vers la Manche, le commandement français a tout de suite tenté de réorganiser un front sur la ligne Somme-Aisne, raccroché, par Montmédy et Longuyon, à la ligne Maginot intacte. Le groupe d’armées N° 1 perdu à Dunkerque, le groupe d’armées N° 3 (Général Besson, PC à Ferrières) vient prendre place le plus à l’ouest, coiffant les 10e, 7e et 6e Armées. Le groupe d’armées N° 4 est créé, confié au général Huntzinger, PC à Arcis/Aube, avec les 4e et 2e Armées. Enfin, à l’Est, le groupe d’armées N° 2, commandé par le général Prételat, PC à Nancy, avec les 3e, 5e et 8e Armées tenant la ligne Maginot et les fortifications du Rhin. Depuis le 20 mai, le général Weygand a pris le commandement en chef de tous les théâtres d’opérations. Il a désespérément tenté de dégager le groupe d’armées N° 1, comme d’obtenir l’intervention de la Royal Air Force dans le ciel de France. Il sait très bien que la bataille qui s’annonce est la Bataille de France et la bataille de la France : “ La Somme, la Somme ! Tenez-y jusqu’au 15 juin, date à laquelle j’aurai mon dispositif et mes réserves ”, ainsi s’exprimait-il le 4 juin dans l’après-midi en quittant le général Altmayer, commandant de la 10° Armée.

Pour tenir ce front, Weygand prescrit une défense en profondeur, où les villages ou les points remarquables seront organisés en hérissons, où sera répartie l’artillerie divisionnaire, qui prendra sous ses feux croisés les pénétrations blindées. Le moral des combattants, ébranlés par les événements de mai, retrouve ses qualités de mordant et de ténacité, dés lors que ceux-ci se sentent commandés dans la bonne direction. Il faut reconnaître cependant que les pertes humaines et matérielles subies par les armées françaises en mai ne permettent pas au général Weygand d’opposer plus de soixante et onze divisions, qui n’en ont pour certaines que le nom. Ainsi les 3e et 4e DCR ont la moitié de leur dotation de chars, les 2e, 3e et 5e DLC ne comptent, à elles trois, que trente-cinq automitrailleuses. Les divisions légères d’infanterie ne comptent que deux régiments appuyés par un petit groupe d’artillerie. Compte tenu de la longueur du front à tenir, les trois armées bordant la Somme doivent confier des secteurs de quinze à vingt kilomètres à chacune de leurs divisions, ce qui est bien au delà de la norme reconnue à l’époque par toutes les écoles de guerre. Enfin, pour aggraver la situation, les lignes d’eau ne sont pas des obstacles homogènes. Les unités allemandes ont conquis des têtes de pont au sud de la Somme, à Péronne, Corbie, Amiens, Picquigny, Abbeville et Saint-Valéry-sur-Somme. Malgré les tentatives héroïques de la 4e D.C.R. (Général de Gaulle) à Abbeville (23 mai, reprise par la 2e DCR le 4 juin), de la 7e D.I.C. (Général Noiret) contre Amiens et de la 19e DI (Général Toussaint) à Péronne, il fut impossible de résorber ces têtes de port adverses qui allaient permettre la reprise de l’offensive allemande.

Les offensives allemandes

Le 5 juin au matin, le groupe d’armées B du colonel-général v. Bock avec les 4e (Kluge) et 6e Armées (Reichenau) attaque de l’embouchure de la Somme à La Fére. L’action est menée par deux groupements blindés : Hoth qui attaque face à la 10° Armée, et Kleist, le plus fort avec 4 Panzer Divisions, face à la 7° Armée l’ensemble est accompagné de quatre divisions motorisées et une de cavalerie, en première ligne, et est suivi de trente-sept divisions d’infanterie en deuxième échelon. Face à l’attaque, le G.A.3 aligne seize divisions sur deux cent soixante kilomètres. Les deux premières journées de l’offensive prouvent la qualité des défenseurs et la validité des mesures prises par le général Weygand dans l’organisation du terrain. La bataille fait rage partout, aucune décision n’est acquise et les Allemands perdent de nombreux chars devant les points d’appui qui tiennent ferme. Mais l’absence de couverture aérienne, la dispersion de l’artillerie qui l’a empêchée d’appliquer les tirs de neutralisation ou de destruction qui auraient valorisé les coups d’arrêt marqués sur les attaques, l’usure des unités déjà en sous-effectifs mènent fatalement à l’effritement du dispositif puis à son effondrement. Le groupement Hoth finit par percer les lignes de la 10e Armée, et Rommel, avec sa 7e PZD, va filer sur Rouen et Saint-Valéry en Caux ; le groupement Kleist, de son coté, a atteint le Chemin des Dames et marche sur Compiègne et Villers-Cotterets. Une nouvelle armée allemande, la 18e de Kuechler vient prendre place entre Kluge et Reichenau.

Au même moment, les Allemands frappent le second coup, sur l’Aisne. Là encore, les deux premiers jours (9 et 10 juin) sont à l’avantage des Français. Puis, pour les mêmes raisons, la défense s’effondre par manque de renforts et usure des combattants et des soutiens. Tout comme sur la Somme, des contre-attaques locales sont menées avec succès mais sans exploitation. Le 11 juin, le groupement blindé Guderian (avec deux corps blindés) perce en direction de Suippes et de la Haute-Marne. Au soir de cette journée fatale, il ne reste plus qu’une ligne de contact de la Seine à la Meuse, tenue, si l’on peut dire, par la valeur de vingt-quatre divisions dont certaines usées jusqu’à la corde depuis le 13 mai. Conscient de la situation et prenant ses responsabilités, Weygand, convoqué par le gouvernement à Cangé près de Tours, fait savoir que : “ Je continuerai la résistance, si le Conseil des Ministres m’en donne l’ordre. Mais dès maintenant, je tiens à le dire nettement : la cessation des hostilités s’impose ”.

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