Depuis la réhabilitation — un mot abstrait pour désigner le défrichage d’un terrain recouvert par les ronces et les mauvaises herbes — du cimetière espagnol par un ancien républicain retiré à Septfonds au début des années soixante-dix, les cérémonies se sont succédées devant des médias de plus en plus diserts, tandis que les historiens découvraient ce rouage essentiel de l’internement espagnol, l’extermination nazie, ce lieu entaché des excès de la Libération. Quand l’histoire se dévoile, les mémoires sont en ébullition. Mais à Septfonds, l’histoire est lourde de destins, et ces mémoires sont, à plusieurs moments, entrées en concurrence. Ces conflits, parfois âpres et dont les autorités municipales ont perdu le contrôle, sont peut-être le maître mot des différents travaux de mémoire autour du camp. Ce n’est pas un phénomène exceptionnel pour cette réinscription tardive, dans la mémoire de la Nation, des destins qui ont écrit l’histoire des camps d’internement. « Cet investissement de la scène publique par les exclus de l’Histoire se manifeste presque toujours non seulement par une action politique, mais également, ce qui va de pair, par une réappropriation d’un passé, d’une histoire spécifique, pensée comme singulière et distincte de l’histoire générale, par exemple de l’histoire nationale » , écrit Henry Rousso. Et ce n’est pas parce que Septfonds est un petit camp, « peu connu » selon l’aveu même du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), que tout est plus simple. Ces mémoires de Septfonds, ce sont d’abord des mémoires communautaires, appartenant aux acteurs des trois communautés, espagnole, juive et polonaise. Ce sont encore des individus dont le souvenir se rattache à la période noire de la collaboration. Et c’est aussi ce que nous avons appelé la mémoire du village, la façon dont jeunes et moins jeunes de Septfonds perçoivent l’histoire de leur village, plus de cinquante ans après que des flots « d’indésirables », comme on les appelait, se furent déversés dans leur commune. Toutes se croisent et se bousculent depuis une trentaine d’années.
« Eh bien ! Oubliez-nous, maisons, jardins, ombrages ! Herbe, use notre seuil ! ronce, cache nos pas (...)
Renaud Jean. Carnets d’un paysan député communiste par Max Lagarrigue. Le parcours hors du commun d’un Marmandais qui cotoya Lénine, Trotsky, Thorez...