Arkheia, revue d'histoire

Le barrage de Tuilières (1914-1944)

Par Frédéric Gontier
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Article publié dans
Arkheia n°21
Auteur : Frédéric Gontier président de l’Association de Recherche Historique Les Pesqueyroux, a écrit Le barrage de Tuilières et Dordogne, la rivière retrouvée (éd. Les Pesqueyroux, Saint-Capraise-de-Lalinde).

(...) nom de « poudrerie des Gilets ». À une telle distance du front, la poudrerie ne risque pas de tomber entre les mains de l’ennemi !

Au plan régional, Tuilières participe donc activement à l’effort de guerre ; elle alimente par ailleurs la gigantesque et historique fonderie de canons de Ruelle-sur-Touvre, proche d’Angoulême. Avec la fin des hostilités, chacun rentre chez soi : exeunt les territoriaux et les GVC ! Tuilières se concentre sur son nouveau client : la poudrerie de Bergerac. Les habitants de la commune de Saint-Capraise-de-Lalinde, paysans et bateliers, regardent d’un autre oeil cette « étrangère » qu’ils avaient, au départ, quelque peu boudée …

Dans l’Entre-deux-guerre les recensements témoignent de l’augmentation parmi eux du nombre d’ouvriers de l’EESO (Energie électrique du Sud-Ouest). La Seconde Guerre mondiale impose de nouveaux choix stratégiques. À l’automne 1939, un détachement de l’armée inspecte le périmètre. Celui-ci s’inscrit dans un triangle dont l’un des côtés est la Dordogne, l’autre, le canal de Lalinde et le troisième, à l’est, le plus étroit, une plaine plantée de tabac. Face à ce glacis, un détachement creuse un point d’appui où s’installent les servants d’une vénérable mitrailleuse Hotchkiss tandis que trois sentinelles sécurisent les accès. L’une, en amont du site, surveille le chemin de halage du canal et le pontlevant de Rochefort sur lequel passe le petit train qui alimente l’usine en charbon. La deuxième sentinelle couvre le chemin de halage et la passerelle de l’écluse qu’empruntent les ouvriers.La dernière, rive gauche, sur la commune de Saint-Agne, interdit l’accès de la passerelle que supporte le barrage. Ces maigres forces ne livreront pas bataille et disparaîtront après la Débâcle. Le barrage, situé en zone non occupée, s’assoupit alors dans la torpeur de l’été 1940. En dépit de son importance stratégique, le site de Tuilières ne voit plus stationner de troupes. Le directeur technique de la production de l’EESO, un Parisien de confession juive, M. Kupper, quitte Bordeaux pour se réfugier, à Saint-Capraise, dans l’une des maisonnettes de fonction réservées aux cadres. Il ne sera jamais inquiété 4.

Notes
- 1. « L’usine hydro-électrique de Tuilières », in Annales des Ponts et Chaussées, t. III, 1910, éditions A. Dumas, Paris, 1910.
- 2. Albert Claveille fut sous-secrétaire d’État aux Transports en 1917, ministre des Travaux publics du 12 septembre 1917 au 20 janvier 1920 dans les cabinets Painlevé et Clemenceau, puis sénateur, conseiller général et maire de Mouleydier ( Dordogne ).
- 3. Frédéric Gontier, Le barrage de Tuilières, éd. Les Pesqueyroux, Saint- Capraise-de-Lalinde, 2005.
- 4. Yves Fressignac, Mouleydier 1944, éditions La Lauze, Périgueux, 2004.- 5. Sylvain Le Bail, Les Forces de l’ordre sous Vichy : le GMR du Périgord, éd. Le Chêne (...)


Réagir à cet article 2 Messages de forum
  • Le barrage de Tuilières (1914-1944)
    12 janvier 2012 19:14, par SELVE
    Bonjour, sur quelle commune exactement se trouve le barrage de Tuilière(s) et quelle est la bonne orthographe avec ou sans "S" ? Car lorsque l’on fait des recherches l’on trouve de tout dans les réponses. Merci d’avance pour ces précisions
    Répondre à ce message
  • Le barrage de Tuilières (1914-1944)
    16 janvier 2012 13:58, par Jacky Tronel
    Le barrage est situé entre les communes de Saint-Capraise-de-Lalinde et de Saint-Agne (Dordogne). La centrale hydroélectrique se trouve, quant à elle, sur la commune de Saint-Capraise-de-Lalinde. Tuilières qui s’écrit avec un "s" n’est pas une commune mais un lieu-dit. Jacky Tronel
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