
Une Histoire des gauches en France ? On l’attendait depuis plus d’un demi siècle … Depuis qu’en 1954, René Rémond s’était penché, à travers une oeuvre magistrale, sur l’histoire des droites [1]. La publicationpar La Découverte de cette Histoire des gauches fut donc l’un des événements de l’année 2004 et sa récente réédition au format de poche témoigne du succès rencontré par l’ouvrage. Cette étude globale, Jean - Jacques Becker et Gilles Candar, l’ont voulu chronologique (le premier tome traite du XIXe, le second du XXe) autant que thématique (familles politiques, grands moments… ). Une approche géographique régionale eut certainement été possible– il est vrai qu’elle existe en matière de cartographie électorale à travers l’excellent atlas de Frédéric Salmon [2] – mais comme le notent avec malice nos deux maîtres d’oeuvre [3], ils ont préféré faire court (l’ouvrage comptant déjà 1 360 pages) et un troisième tome est toujours envisageable ... À travers leurs propres recherches comme à travers les relations qu’ils ont entretenues avec leurs nombreux collaborateurs, ont-ils perçu cette opposition que l’on a dit si appuyée entre les variantes australes et boréales de la gauche française ? S’il a bel et bien existé, en quoi est-il demeuré une réalité ? [4]."
Gilles Candar : "Historiquement parlant, l’expression « Midi rouge » naît à l’issue des élections de 1849 à l’Assemblée législative. On voit tout à coup apparaître sur la carte électorale française un vote rouge bien distinct sur les bords du Massif Central et en Provence. Un basculement d’autant plus notable que le Midi a la réputation d’être blanc depuis le début du siècle. Maurice Agulhon montre dans ses travaux sur la Provence que ce basculement s’effectue à la fois à la campagne mais aussi à la ville ; il insiste particulièrement sur cet aspect dans son livre consacré à Toulon, Une ville ouvrière au temps du socialisme utopique. Au XIXe puis au XXe siècle,il se déroule ensuite un grand nombre d’élections au cours desquelles on voit réapparaître, presque comme une constante, ce Midi rouge ou rose, radical, socialiste ou communiste. Évidemment, c’est une idée à nuancer et à moduler à travers le temps–ce n’est pas exactement la même chose de constater que, dans ce Midi, on vote radical, socialiste ou bien communiste – mais, très grossièrement, on semble confronté à une tradition politique ancrée dont la principale caractéristique est que le rouge s’y insère dans le bleu républicain. Être rouge dans le Midi, ce serait donc une manière d’être un peu plus républicain, d’être (...)
Renaud Jean. Carnets d’un paysan député communiste par Max Lagarrigue. Le parcours hors du commun d’un Marmandais qui cotoya Lénine, Trotsky, Thorez...