Arkheia, revue d'histoire

La séparation des Églises et de l’Etat en France

Par Patrick Cabanel
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série
Auteur : Agrégé d’histoire, ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, est professeur d’histoire contemporaine à l’unversité Toulouse II-Le Mirail. Il est notamment l’auteur de Les Protestants et la République, de 1870 à nos jours (Complexe, 2000) ; Entre religions et laïcité. La voie française, XIXe-XXIe siècles (Privat, 2007).

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L’histoire de la Séparation des Églises et de l’État révèle un grand paradoxe : elle est aujourd’hui inscrite sur les Tables de la Loi françaises, à la suite de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et des lois Ferry, elle est sacrée, elle est la France intangible et son exception dans le monde. Et pourtant la République n’en voulait pas, quinze mois encore avant sa promulgation ! La tradition républicaine était à l’inverse du « séparatisme » que nous lui croyons naturel, elle était gallicane et concordataire. Comme la Monarchie très chrétienne, comme l’Empire de Napoléon, la République aimait (aime ?) à contrôler l’Église, quitte à en payer le prix au sens le plus matériel, bâtiments du culte, séminaires, salaires des prêtres : ce qui l’inquiète, ce sont les religions complètement libres d’aller et de venir, surtout si leur centre est extérieur au pays. Voilà donc les paradoxes qu’il faut tenter de débrouiller : le premier est que la République n’était pas séparatiste, contrairement à ce que l’on pense souvent ; le second, qu’elle n’en a pas moins réalisé la Séparation et qu’elle a considéré avoir accompli là un des chapitres décisifs de son oeuvre. Ces points établis, nous ne serons pas au bout des paradoxes : il restera à rappeler que le régime a manqué imposer une séparation agressive, avant fi nalement de ciseler un texte très ouvert, ce qui ne caractérise pas si souvent les commandements gravés dans le marbre. Que l’Église catholique se déclare aujourd’hui très attachée à cette séparation est un ultime paradoxe, du reste issu de ceux que charriait 1905 1.

La France gallicane et la mauvaise surprise ultramontaine

Le maître mot de la grande et séculaire tradition française est bien le gallicanisme, que l’on se risquerait, n’était l’évident anachronisme, à traduire par nationalisme religieux, puisque le mot renvoie par son étymologie même à la France. Il s’agit d’une conception d’État, ventuellement endossée par les Parlements, au XVIIIe siècle, selon laquelle l’Église catholique doit être soumise aux autorités civiles. Bonaparte, en encadrant le concordat de 1801 par les articles organiques, s’inscrit au coeur de cette tradition que l’on pourrait dire du « pacte gallican » ; ces articles parlent même d’Église gallicane, ce qui est tout autre chose qu’une lourdeur de traduction. Rois très chrétiens et empereur concordataire ont voulu avoir affaire à une Église de France, institution nationale avant que d’être une partie de l’Église catholique, apostolique et romaine.

D’où l’importance du rôle joué par Bossuet dans la rédaction de la Déclaration des quatre articles, en 1682, charte du gallicanisme sous la monarchie catholique : le texte traite de la séparation des pouvoirs, de la supériorité du concile sur le pape, de la limitation de la (...)


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