Arkheia, revue d'histoire

La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français de Sylvie Lindeperg

Par Clément Puget
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Clément Puget est doctorant en histoire.

(...) les activités parfois occultes d’acteurs ou de réalisateurs employés par la Continental (maison de production de films français dirigés par les Allemands) éveillent les soupçons et dérangent l’image d’une France entièrement unie contre l’occupant. Le CLCF qui dirige cette épuration du milieu cinématographique perd finalement son pouvoir de suspension en février 1945. Dans un chapitre qu’elle intitule “ la reconversion des héros ”, l’auteur présente les trois œuvres majeures produites par le CLCF entre 1944 et 1948 : ces trois films ont porté à bout de bras le mythe résistantialiste avant d’en illustrer la décrépitude. Il s’agit de La Libération de Paris, La Bataille du rail (René Clément, 1946) et Au cœur de l’orage (Jean-Paul Le Chanois, 1948). Puis, interrompant sa trame chronologique, S. Lindeperg donne un coup de projecteur sur les origines du Service cinématographique de l’Armée (SCA), anciennement Section photographique et cinématographique de l’Armée (SPCA), et examine son rôle à la Libération. Il est intéressant d’observer qu’en 1946, le SCA applique la politique d’Etat en matière de communication visuelle . Les objectifs du ministère de la Guerre sont clairs : il faut “ […] cicatriser les blessures nationales, c’est-à-dire procéder à une réécriture soigneusement lacunaire ” et justifier les choix du général de Gaulle en redéfinissant le rôle des différents artisans de la Libération. Un certain nombre de documentaires sont alors produits pour mettre en avant l’action de l’Armée (La Marine au combat de Jean Arroy ou encore La Grande épreuve de Pierre Poutays). Evacuant les contradictions du passé, ces souvenirs-écrans reprennent les concepts chers au Général : “ la guerre de trente ans ” et “ la continuité républicaine ”.

A l’image du Père tranquille ou de La Bataille du rail, Bataillon du ciel d’Alexandre Esway (1947) illustre le tournant commercial pris par les films de résistance à la fin des années 40. Il y a bien l’énigmatique et non moins superbe Silence de la mer (Jean-Pierre Melville, 1947) qui tranche avec cette expression visuelle de la geste gaullienne, mais l’on se rend bien compte que la Résistance est devenue “ […] un fonds de commerce ”. Le film de fiction est néanmoins confronté à la censure qu’exercent la Commission de contrôle et la Commission militaire nationale (CMN) sur tous les projets traitant de la Résistance. La question de la censure intéresse tout particulièrement S. Lindeperg qui en dissèque les rouages, entre 1946 et 1969. Ainsi, la première version d’Au cœur de l’orage, mais aussi La Grande illusion, Le Diable au corps ou Nuit et brouillard (1957) provoquent le courroux des commissions de censure. En réaction à cette mainmise de l’Etat sur le Septième art, Sylvie Lindeperg évoque le succès de films de commande – Paris brûle-t-il ? – parfois même (...)



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