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La France virile, des femmes tondues à la Libération par Fabrice Virgili

Par Luc Delpy
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Article publié dans
Critiques de livres
Critique : Luc Delpy, instituteur, à Montauban.

Qui dit « Libération » ramène automatiquement dans nos esprits des images d’hommes défilant fièrement, le béret vissé sur la tête, le brassard bien en vue, des femmes pendues aux cous des forces de libération, balcons et fenêtres au parfum de tricolore … mais si une image revient aussi au cours de ces semaines c’est bien celle de la femme tondue, barbouillée de croix gammées que l’on promène dans les rues. Cette image n’a pourtant guère retenu l’attention de l’historien et le sujet était resté pratiquement vierge jusqu’à l’excellente étude qu’a menée Fabrice Virgili dans La France « virile ». Malgré une difficulté énorme à se procurer archives, procès verbaux, articles ou témoignages sur le sujet, l’auteur arrive au terme d’une longue recherche, de recoupements et d’un véritable travail de fourmi (pas moins de 50 pages de références, sources et bibliographie) à estimer le nombre de personnes tondues à 20.000. Alors que « la collaboration horizontale », comme on l’appelait, semble être l’accusation la plus répandue chez les tondeurs, l’auteur révèle que la moitié seulement de ces femmes avaient eu des relations sexuelles avec les allemands. Même un certificat de virginité ne pouvait rien contre la dénonciation ou le fait d’avoir eu pour certaines une profession les obligeant à avoir des contacts avec les allemands. Alors que les femmes ayant effectivement collaboré avec l’ennemi étaient internées, jugées et condamnées, la majorité des tontes sert tout d’abord d’acte d’éclat pour de nombreux résistants n’ayant pu participer directement à l’action, et bien entendu pour tous les résistants « de septembre ». Ces foules en délire, pleines de violence et de haine, ne doivent pas faire oublier que les tondeurs sont également aux ordres de chefs de la résistance, des autorités et que les tontes eurent lieu aussi en prison, pendant des interrogatoires, et ce de 1943 à 1946.

Toutefois derrière ces violences aux origines méconnues, peut-être copiées sur les forces d’occupation elles-mêmes, c’est surtout la reprise en main du territoire et surtout du pouvoir masculin qui semblent être au centre de ce phénomène. Après une faillite du masculin dont l’encerclement, l’exode, le départ des prisonniers sont les manifestations les plus flagrantes, le fait que les femmes aient participé à l’activité économique comme à la résistance, qui plus est à la veille de leur premier vote aux élections municipales de 1945 sont autant d’éléments qui rendent à ces tontes, selon l’auteur, un sentiment de puissance virile et de pureté retrouvée.

Fabrice Virgili, La France "virile" - Des femmes tondues à la Libération, Payot, 2004.



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