Arkheia, revue d'histoire

L’itinéraire intérieur de Manuel Azaña dans le jardin des Moines

Par Elvire Diaz
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série
Auteur : Hispaniste, Université de Poitiers.

(...) forme d’archaïsme sous la plume de qui se veut un rénovateur. De fait, Azaña impose sa formation et son goût pour les classiques. Se pose également le problème de la définition du genre auquel appartient Le jardin des moines : faut-il ranger ce récit dans la catégorie du roman, du journal intime ou des mémoires, ou encore s’agit-il d’un document, d’un témoignage ? Azaña affirme dans un premier temps, dans son Prologue : « au lieu de reléguer à l’automne de ma carrière littéraire la rédaction de mes mémoires, j’avais commencé […] par les écrire », mais il indique peu après, dans une lettre à son ami Rivas Cherif : Ce qui me surprend le plus, c’est qu’on l’ait pris littéralement pour de l’autobiographie, des sortes de mémoires conservés dans de la naphtaline. Et qu’on n’y ait pas vu la part d’invention, de création […]. Cette espèce de colle qui en a dérouté plus d’un à cause de la forme, me pousse à me demander si je pourrai imaginer un autre personnage, et y croire un jour avec force, comme j’ai cru à celui de l’Escurial, et écrire un roman, en mettant sur la couverture : « roman », pour qu’on ne croie pas […] que c’est un essai politique.2

En effet, Manuel Azaña, qui mena parallèlement une carrière juridique, littéraire et politique, est essentiellement un essayiste politique. En 1927, Azaña est connu comme rédacteur dans divers journaux progressistes et comme l’auteur d’essais, notamment en 1919, Estudios de política francesa contemporánea : la política militar, qui réunissent ses conférences données à l’Ateneo de Madrid dont il était le secrétaire de 1913 à 1920. En 1921, quand Azaña débute l’écriture du Jardin des moines, il vient de publier la première traduction espagnole du livre The Bible in Spain [1843] de l’Anglais George Borrow, sous le titre de La Biblia en España o viajes, aventuras y prisiones de un inglés en su intento de difundir las Escrituras por la Península. A son retour de Paris, il avait créé en 1920, avec son ami Cipriano Rivas Cherif, la revue littéraire mensuelle La Pluma. Son éditorial dit qu’elle sera :

« un refuge où la vocation littéraire pourra vivre dans la plénitude de son indépendance et sans transiger avec les circonstances [...] ; elle brisera le silence, habile ou barbare, qui entoure la création littéraire. […] elle ne sera ni une tour d’ivoire ni une école ni une chapelle à part »3.

Refusant la marginalisation de la littérature et des écrivains, Azaña, va pourtant créer une revue marginale, tant par son exigence culturelle que par son équipe rédactionnelle réduite à lui-même et son ami Rivas Cherif qui en sont les rédacteurs principaux, et sa petite diffusion de 200 exemplaires. Par ailleurs, Azaña hésite à choisir entre les diverses voies qui s’offrent à lui : politique ou littérature ? Celle-ci semble à ce moment-là un gage de réussite, (...)



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