Arkheia, revue d'histoire

L’inondation du siècle, mars 1930

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°21
Auteur : historien, directeur de la revue Arkheia.

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En l’espace de deux jours, les eaux du Tarn, rejointes par celles de l’Aveyron et de la Garonne, provoquent une inondation qui ravage l’ensemble de Tarn-et-Garonne, faisant 181 victimes. Jamais catastrophe d’une pareille ampleur ne s’est reproduite.

D’après La Dépêche de Toulouse, il est tombé « en quatre jours, deux fois plus d’eau que dans les 28 jours précédents ». En outre, des quantités exceptionnelles de neige se sont abattues sur les massifs, dans les hautes régions où les cours d’eau prennent leur source. Quand un vent chaud provenant de la Méditerranée se met alors à souffler, il provoque une fonte rapide et massive de cette épaisse couche de neige. Le dimanche 2 mars 1930, l’eau monte considérablement. Les deux principaux cours d’eau, l’Agout et le Tarn, déferlent sur Castres, Lavaur et Saint - Sulpice - la - Pointe. Dans cette dernière ville, l’Agout monte à 22 mètres. À Rabastens, le Tarn atteint 18 mètres. Respectant le repos dominical, « les bureaux de poste et le télégraphe sont, bien sûr, fermés. Mais le téléphone n’est pas d’un grand secours », souligne Philippe Delvit. L’historien toulousain ajoute : « Le téléphone est, à l’époque, un objet rare, mais surtout nombre de lignes ont été sectionnées ou mises hors circuit par les intempéries, les chutes d’arbres et de branches, glissement de talus ». Toutefois, le pire ne peut être évité tant la montée des eaux est fulgurante quand les cours d’eau en crue se rejoignent : l’Agout déjà débordant, puis l’Aveyron se jetant dans le Tarn, ont englouti Moissac et la vallée de la Garonne.

Reyniès, village martyr

Le premier bourg de Tarn-et-Garonne inondé est Reyniès, petit village de 516 habitants, situé au bord du Tarn. Quand l’eau arrive « en trombe », le dimanche soir, le garde - champêtre lance l’alerte à grands roulements de tambour. Un grand nombre d’habitants, incrédules, ne perçoit pas le danger. Seules l’église et la mairie demeurent debout après le passage de la vague. Une centaine de maisons s’écroule et les flots emportent quatorze personnes. Très éprouvé par l’inondation, Reyniès reçoit la visite du président Gaston Doumergue, qui s’est spécialement déplacé, parcourant toute la zone du sinistre. L’apocalypse montalbanaise et moissagaise Au déluge fracassant d’eau et de boue qui s’avance aux portes de la cité d’Ingres et de Bourdelle, s’ajoute un affluent du Tarn, le Tescou, qui le grossit un peu plus. Le 3 mars débute le cauchemar pour les Montalbanais. Si les eaux opaques du Tarn s’agitent dans la journée, les autorités ne s’alarment pas encore du danger imminent. C’est finalement dans la nuit que les rues de Sapiac, de Villebourbon et de Gasseras sont inondées. Quand l’alerte est enfin donnée, il est déjà trop tard. Les Montalbanais connaissent alors une nuit apocalyptique, dans la plus (...)


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