Le crime politique n’est guère une tradition française. Certes, des assassinats de Henri III et Henri IV à l’exécution publique de Louis XVI, la France compte maints régicides. On trouve encore l’écho de ceux-ci dans l’exécution du duc d’Enghien par Napoléon Bonaparte et de l’assassinat du duc de Berry par Louvel, deux « fautes » diraient Chateaubriand qui sont aussi des gestes politiques, à savoir la volonté de briser la chaîne de l’Ancien régime. Cette veine se tarit dès s’affirme le suffrage censitaire ou universel, avec la représentation parlementaire qui en découle. Même s’il faudra compter avec les attentats anarchistes de la fin du XIXe siècle et les tentatives d’assassinat du général de Gaulle au moment de la guerre d’Algérie. Une période déroge à la règle, celle du régime Vichy, qui voit se multiplier les assassinats et exécutions sommaires d’hommes politiques. C’est notamment le cas en 1944 : assassinats parmi d’autres de Georges Mandel, Jean Zay ou de Victor Basch par la Milice, exécutions de Philippe Henriot, d’Albert Chichery ou à Alger de Pierre Pucheu. Anatole de Monzie n’a pas tout à fait tort quand il évoque, dans ces « opérations de série », un « banditisme politique […] inédit dans notre histoire » . Deux assassinats politiques majeurs ont eu lieu lors des années précédentes, celui de Darlan à Alger le 24 décembre 1942, celui de Maurice Sarraut, le patron de la Dépêche à Toulouse, le 2 décembre 1943. Si ces deux crimes font alors grand bruit, leur destinée posthume apparaît fort différente. La mort du grand Amiral et les péripéties des années algéroises de 1942-1943 ont suscité une littérature considérable, sans cesse enrichie, où se croisent, à un moment charnière du second conflit mondial, ambitions françaises et grandes manœuvres internationales. Le second va perdre rapidement son caractère national pour devenir un simple épisode régional, promis, hors quelques allusions dans les histoires de Vichy, à l’indifférence de l’oubli. A la seule exception de la Dépêche, le journal de Maurice Sarraut, devenue du Midi (...)
Avec la participation de Patrick Cabanel, Antonio Ferrer Benimelli, Hilari Raguer, Joseph Pérez, Gérard Malgat et Elvire Diaz...Commander le dès aujourd’hui