
Disparu il y a un peu plus d’un an, à l’âge de 62 ans, Etienne Roda-Gil fut inhumé à Paris, au cimetière de Montparnasse dans une certaine discrétion. Les nécrologies de circonstance furent trop peu nombreuses au regard de l’oeuvre de ce parolier, auteur de quelques-uns des plus grands tubes français de ces trente dernières années. La sortie, l’automne dernier, de Double enfance, le dernier album de Julien Clerc auquel son nom est indissolublement associé, et d’une biographie qui lui est consacrée, ont quelque peu comblé cette lacune . C’est au camp d’internement de Septfonds – où, dès février 1939, 16 000 hommes de l’ancienne armée républicaine furent internés – qu’Esteva (Etienne) Roda-Gil voit le jour, le 1er août 1941 . Ses parents sont Antonio Roda-Vallès, un ouvrier militant libertaire de la CNT, et Leonor Gil. Ils se sont connus peu avant le début de la IIe République espagnole dans la cité industrielle de Badalona, près de Barcelone. Engagés dans le camp républicain , le couple parvient, en février 1939, à échapper à la répression franquiste et à passer les Pyrénées pour finalement échouer dans le Tarn-et-Garonne où le gouvernement français a établi un camp. (...)

Les enfants juifs cachées dans les fermes des paysans du Sud-Ouest ont été pour beaucoup séparés définitivement de leur famille. Insérés dans un milieu et une société française qu’ils ne connaissent pas. Ceux que l’on appelera bien plus tard les "Justes". Dans le même temps, d’autres enfants vont devoir affronter dès l’Epuration, l’opprobre de la population. Qualifié d’enfants de "boches", ce sont autant d’enfance brisée...