L’épuration représente l’ensemble des actions entreprises contre les Français qui ont collaboré, trahi ou ont eu avec l’ennemi un comportement jugé répréhensible. La période de l’épuration a souvent été cantonnée aux années 1944-1945. Or, si certaines condamnations ne sont rendues qu’en 1953 avec la dernière loi d’amnistie générale, l’épuration débute bien avant la Libération. Selon Pierre Laborie, 25 % des exécutions « sauvages » effectuées par la Résistance sont antérieures au 6 juin 1944. Dans les zones de maquis, ce pourcentage moyen est dépassé : 45 % pour la Saône-et-Loire, 40 % pour l’Ain et le Jura, 37 % pour le Lot et la Haute-Garonne. Cette épuration, qualifiée de « sauvage », a pu être justifiée par les conditions très dures du combat de la Résistance, surtout dans l’année qui précède la Libération, face à la Milice et à la répression accrue du régime de Vichy aux abois. Mais elle a pris souvent une tournure très contestable, recouvrant en réalité des règlements de compte soit politiques, comme l’assassinat de cinq militants trotskistes par un maquis communiste en Haute-Loire en octobre 1943, soit personnels comme le rappelle l’historien périgordin Jacky Tronel pour la Dordogne : « les exécutions sommaires de légionnaires sont nombreuses, le pillage de leur biens est banalisé ». Et il ajoute : « Les milices patriotiques – encore appelées service d’ordre patriotique – ont en charge l’épuration. Tous ceux qui, de près ou de loin ont « collaboré », sont la cible des milices, émanation du Parti communiste ». Pire, certains opposants politiques font les frais de cette épuration tous azimuts : « Ainsi dans la nuit du 1er septembre 1944, Maurice Babin, militant du PSF et ancien candidat aux élections de 1937, est arrêté par le groupe FTP Sam-Jaurès de Couze-Saint-Front. Après avoir été martyrisé, il est exécuté, le 6 septembre ». L’enquête des RG conclut : « Le défunt était un sympathisant de la Résistance, et a rendu des services à cette cause par l’établissement de fausses cartes d’identité, et par la livraison des produits de sa ferme à des groupes de maquis. On se trouve devant une affaire de vengeance politique, Babin était anticommuniste et il représentait une valeur sûre capable de battre, après guerre, le représentant du PCF. » Les chiffres les plus récents (...)
Renaud Jean. Carnets d’un paysan député communiste par Max Lagarrigue. Le parcours hors du commun d’un Marmandais qui cotoya Lénine, Trotsky, Thorez...