Tout débute, le 3 octobre 1870, quand une équipe d’ouvriers typographes de l’imprimerie Sirven procède à l’impression d’une modeste feuille de quatre pages à un sou. La République vient de naître un mois plus tôt, la France dont l’armée a été défaite à Sedan est en péril, Paris est encerclé, affamé par les Prussiens. Dirigé Léon Gambetta, un natif de Cahors qui a fait ses études dans la Ville rose, le combat se poursuit au sud de la Loire, dans des villes comme Tours, Bordeaux ou Toulouse, qui font office de capitale par défaut. Tel est sans doute l’état d’esprit des deux premiers rédacteurs en chef du journal, Fernand Bonau puis Louis Braud. Défendre la France, c’est défendre la République, contre l’envahisseur d’abord, contre les ennemis de Marianne ensuite, les gouvernements d’Ordre moral les cléricaux et réactionnaires de tout poil. La démocratie installée est fragile, il convient de l’appuyer, de la promouvoir, de la construire. Lors du Seize-Mai, le modeste journal de Toulouse, suspendu près d’un mois, est à l’avant-garde du combat pour la République. La Dépêche ne vend alors que 20 à 30 000 exemplaires quotidiens. Au tournant du siècle, le tirage du quotidien de Toulouse est passé à plus de 100 000 exemplaires, répartis en douze éditions régionales, des Pyrénées à l’Allier, de l’Atlantique à la vallée du Rhône. La Dépêche a su tirer parti de la grande loi sur la presse de 1882, accompagner l’essor des lecteurs que forme de plus en plus l’école républicaine et laïque, que requiert la culture démocratique qui s’épanouit des mairies communales aux Chambres parlementaires parisiennes. On est d’abord frappé par l’extraordinaire continuité qui caractérise la Dépêche tout au long de son existence, qu’elle soit dirigeante, politique, régionale, toujours au nom de l’idée de la République et de la culture républicaine qui l’accompagne. Si, en 133 ans d’histoire, l’affaire de presse a changé quatre fois de main, chaque transmission a prolongé et élargit l’héritage existant. En 1879, la famille Sirven cède un journal qui n’a plus ses faveurs au groupe de presse parisien de Lepelletier. C’est à ce moment là qu’est fondée la société anonyme “ La Dépêche et le Petit toulousain ”, toujours en vigueur. Un journaliste (...)
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