
Le Démosthène de Georges Clemenceau paraît pour la première fois dans l’Illustration en décembre 1925 , puis, au mois de février 1926, chez Plon, dans la collection « Nobles Vies-Grandes Oeuvres », sous la forme d’un petit livre broché de 126 pages. Lorsqu’il rédige son Démosthène, Clemenceau n’est plus le grand homme de 1918. Désabusé, amer et déçu, il a été cruellement atteint par le démantèlement immédiat du traité de paix de Versailles, par le retrait des Etats-Unis, par le renoncement aux réparations, par les satisfactions successives accordées à l’Allemagne et surtout par l’attitude des Français. Ces derniers, après l’horreur des années de guerre, sont avides d’insouciance. En 1925, Clemenceau ne se fait plus d’illusions sur le caractère éphémère de la paix et, en 1929, il écrit « Qui donc ne voit la menace, à courte échéance, d’un retour à une politique de domination armée, et d’une revanche du Traité de Versailles ? » . Le Démosthène reste intrinsèquement lié au contexte historique de sa rédaction. Au fil des pages, l’image que l’auteur donne de la patrie de Démosthène rappelle implicitement la France du début du XXe siècle. L’évocation de la Grèce envahie par la Macédoine ranime le souvenir de la France subissant le joug de l’impérialisme prussien.
Ces deux foyers de civilisation et de liberté sont attaqués par la force brutale du barbare. Le peuple grec comme le peuple français, apparaît comme l’héritier de certaines valeurs, de certains idéaux qu’il a le devoir de défendre, de perpétuer et de transmettre. Mais l’inconstance, la versatilité et la division des peuples athénien et français vont s’opposer à la volonté de Démosthène et de Clemenceau. La Grèce et la France n’ont pas retiré les bénéfices de leur victoire, peu à peu métamorphosée en défaite. Les analogies foisonnent : Philippe, c’est sans aucun doute l’envahisseur allemand, Eschine et Phocion, ce sont Caillaux ou encore Briand et enfin Démosthène, c’est Clemenceau. En effet, Clemenceau s’identifie implicitement à l’orateur athénien. Tout au long de son récit, il met en exergue l’idéal d’une vie dépensée au service d’une noble cause. « Le besoin de l’action, de la vie pour l’action, voilà ce qui éclaire notre voie obscure, ce qui nous pousse, le cœur ardent, aux réalisations d’avenir » . Après de semblables agissements au service de la liberté et de la patrie, Démosthène est définitivement vaincu à l’issue du désastre de Cranon alors que le Président du Conseil est encensé en (...)
99 questions... La France sous l’Occupation de Max Lagarrigue. L’indipensable ouvrage pour tout comprendre sur le sujet