Quand la République fut proclamée, Manuel Azaña n’était pas un inconnu. Il avait été directeur des revues España et La Pluma dans lesquelles ses articles sur les questions politiques et littéraires lui avaient apporté une certaine notoriété et des relations très diverses. Pendant près de dix ans il avait dirigé de fait l’Ateneo de Madrid en tant que secrétaire, institution particulièrement active dans les années de la Grande Guerre, pendant lesquelles Azaña se fit connaître pour sa défense acharnée de la cause des Alliés. Ses conférences contre la germanophilie puis, plus tard, la publication de El jardín de los frailes, ses essais sur Valera et Cervantès ou sur « 1898 » et les trois générations de l’Ateneo, et sa claire position contre la dictature de Primo de Rivera l’avaient placé au centre de la vie intellectuelle madrilène et de l’action politique de l’opposition à la dictature. Il avait été élu finalement président de l’Ateneo de Madrid quelques mois auparavant, un poste auquel, entre autres, l’avaient précédé Gregorio Marañón, le comte de Romanones, Rafael María de Labra ou Segismundo Moret, intellectuels et politiques célèbres de la Restauration. Azaña faisait enfin partie du comité révolutionnaire qui fut par la suite à l’origine du gouvernement provisoire de la République. Toutefois, la surprise que produisit sa fulgurante ascension depuis le ministère de la Guerre à la présidence du gouvernement quelques mois après la proclamation de la République l’éleva à la catégorie de véritable révélation, comme si personne auparavant ne l’avait fréquenté ou connu. Il manifesta tout d’abord un sang-froid et une fermeté impressionnants dès le mois d’avril 1931 en (...)