Arkheia, revue d'histoire

Antonin Perbosc (1861-1944) : Celui qui nomma l’Occitanie

Par Félix-Marcel Castan
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Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur : Marcel-Félix Castan, écrivain et militant occitaniste (1920-2001).

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Antonin Perbosc est à la fois un auteur savant et un poète de plein vent, un érudit qui n’ignore rien des héritages et un capteur des énergies qui traversent l’esprit des vivants, un homme du passé et pleinement du futur, l’inspiré du langage en mouvement, d’un langage total, comme un fleuve souterrain qui tout à coup émerge à l’air libre, eau pure et profonde.

Tandis que la poésie française court son aventure moderniste, centrée sur l’impossible triomphe de l’individu libéré des liens de la commune humanité, Perbosc, au tournant du siècle, lance un autre défi, inverse : hors de tout provincialisme anachronique et de tout régionalisme frileux il se met en quête des énergies fondamentales, tantôt infimes, tantôt grandioses, qui assurent le devenir du monde et tiennent éveillée l’humanité au fil des jours. Les poètes français contestent, par l’exaltation du moi, jusqu’à la folie, le train-train des vies étroitement socialisées, quand Perbosc conteste le même manque d’horizon en se plaçant délibérément à l’autre pôle, au pôle du temps cosmique et historique, qui ne connaît pas de halte. Né dans une ferme isolée, au creux de la vallée de la Lute, entre Molières et Vazerac, il n’a pas oublié les impressions de son enfance de paysan pauvre. Ni ses études à Lafrançaise, d’où il découvrait “ la plus belle plaine du monde “, disait Michelet, l’historien dont il fut l’admirateur toute sa vie. Sorti de l’Ecole Normale de Montauban, il fut d’abord un instituteur de la génération conquérante, à Arnac, à Lacapelle-Livron, à Laguépie, avant de s’installer pour quinze ans à Comberouger, un village de Lomagne, où il reçut l’illumination décisive de son destin : c’est ici qu’il dota d’un nom son pays, lequel jusque-là avait vécu sans nom, mais pas sans culture. Dans la seconde partie de son existence, il fut conservateur de la bibliothèque de Montauban. Il eut la passion des livres, à la fois les ouvrages du temps présent et les vieux grimoires. Ses intuitions poétiques (penser, parler d’en bas et du centre du monde) lui permirent d’aborder des domaines techniques dans un esprit novateur. Ce fut d’abord l’acte pédagogique : en face des enfants de sa classe, il a senti qu’il ne pouvait être leur enseignant qu’à la condition de se mettre à leur école, de leur faire aimer ce qu’ils portaient en eux, ce qu’ils étaient eux-mêmes capables d’extraire du savoir collectif qui les environnait. Il les organisa en société autonome : première expérience en Europe de “ méthodes actives “... L’audace était de transformer les enfants en accoucheurs de la conscience communale, - des Socrates en herbe, et de faire jouer à la commune elle-même un rôle éducatif. La langue d’Oc y trouvait son compte, et de plus un principe général d’éducation était ainsi posé. Une considérable moisson de littérature orale (...)


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