Arkheia, revue d'histoire

1936 : l’agression filmée de Léon Blum

Par Cédric Gruat
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Article publié dans
Arkheia n°17-18
Auteur : Cédric Gruat, historien et documentariste. Il est l’auteur Amis des Juifs. Les Résistants aux étoiles (Editions Tirésias, 2006 prix Philippe Viannay). Il est membre du comité de rédaction d’Arkheia.

(...) cinématographique de la fédération socialiste de la Seine 7. Commenté par Paul Rivet 8 et Georges Bonnet, ce film de vingt minutes commence par une rétrospective sur l’action de Léon Blum et de la SFIO dans la lutte contre le « fascisme ». Évoquant tour à tour le 6 février 1934, le défilé du 14 juillet 1935 ou encore la manifestation du 9 février 1936, le film revient sur l’assassinat de Jean Jaurès en 1914, « apôtre de la paix et serviteur génial du socialisme » 9. S’ensuit le récit de l’agression / attentat contre Léon Blum et de la mobilisation du peuple parisien le 16 février 1936. Le film s’achève sur ces mots : « Le peuple de France saura protéger ses meilleurs serviteurs et comprendre que le salut de ses libertés et de la paix réside dans un seul mot, une seule voie : socialisme ». La première projection de cette actualité prolétarienne se déroule le dimanche 15 mars 1936 au cinéma « Rond - Point » Saint - Charles ( Paris XVe ) au cours d’une représentation privée organisée par les groupements locaux du Front populaire devant 400 personnes. Se mettant au service de la classe ouvrière pour « l’élever et lui donner conscience de sa force » 10, ce film de propagande appelle à la lutte contre les adversaires identifiés comme fascistes et rend un vibrant hommage à Léon Blum, dorénavant martyr et mythe 11. La presse d’extrême droite se surpasse pour relater à sa façon les événements du 13 février 1936 : Le Petit Bleu évoque une « mésaventure désagréable » 12 due au risque du métier de l’homme politique, tandis que le journal de Charles Maurras parle d’une voiture qui s’est ruée sur la foule et d’un chauffard que n’arrête pas le respect de la mort. La foule se serait contentée de protester et de houspiller Léon Blum qui n’aurait reçu que quelques égratignures. Et si le député n’a été que légèrement blessé, c’est bien, aux dires de L’Action française, grâce à l’intervention des ligueurs et des camelots du roi qui se sont interposés ! 13 Incroyable et terrifiante audace d’un journal qui n’a eu de cesse de lancer des appels au meurtre contre Léon Blum, qualifié un an plus tôt par Charles Maurras d’« homme à fusiller, mais dans le dos » ! 14 Devant un tel travestissement des faits, la gauche réagit énergiquement, notamment par le biais de l’arme cinématographique. Manifestant sa mauvaise humeur pour « n’avoir tiré aucun profit de son travail ainsi que pour avoir vu des extraits de son film reproduits par la presse » 15, le cinéaste amateur Gérard Bennett ne se doutait probablement pas que les images tournées par hasard en ce jour pluvieux du 13 février 1936 allaient non seulement être saisies par la police pour son enquête et serviraient de symbole pour la gauche française. Quant aux auteurs de l’agression, ils furent jugés le 24 avril 1936 devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris : (...)


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