Arkheia, revue d'histoire

1936 : l’agression filmée de Léon Blum

Par Cédric Gruat
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Article publié dans
Arkheia n°17-18
Auteur : Cédric Gruat, historien et documentariste. Il est l’auteur Amis des Juifs. Les Résistants aux étoiles (Editions Tirésias, 2006 prix Philippe Viannay). Il est membre du comité de rédaction d’Arkheia.

(...) menaçant, furibond, vociférant, avec à la main la rampe d’allumage dont, après avoir donné un coup dans les glaces de l’auto, il frappa sauvagement notre directeur »4. En réalité, le film n’apporte pas la preuve irréfutable tant attendue par le journaliste du Populaire et ne fait que confirmer les résultats de l’enquête policière auprès des témoins et de la perquisition menée au siège des camelots du roi où fut retrouvé le chapeau de Léon Blum, à savoir la responsabilité ( et l’identité ) principale de trois militants de L’Action française dans cette agression : Léon Andurand, Édouard Aragon, architecte de 50 ans, et Louis Courtois, employé de 38 ans dans une compagnie d’assurances. Visionné à deux reprises à l’Identité judiciaire en présence du juge, des témoins et des inculpés, une première fois pendant quatre minutes à la vitesse normale, puis au ralenti avec de nombreuses pauses pour permettre l’étude détaillée des images arrêtées, le film comporte des défauts et des manques : certaines images sont un peu brouillées par le manque de luminosité du jour pluvieux où elles furent tournées, et seules quelques bribes de scènes ont pu être enregistrées. Ainsi, on ne voit pas comment a été brisée la glace arrière de l’automobile, ni quel est l’auteur des coups portés contre Léon Blum. Et si l’on aperçoit Louis Courtois dans « une attitude furieuse et gesticulant beaucoup » 5, force est de reconnaître qu’on ne le voit pas au moment où il frappe. À cet instant, le caméraman tourne une scène devant le ministère de la Guerre représentant un agent cycliste aux prises avec un ligueur. Quant à Aragon et à Andurand, le premier n’est pas saisi par l’objectif de la caméra et le second n’apparaît qu’un bref instant près de l’automobile, une pipe à la bouche. Le 22 février 1936, Le Populaire reconnaît que le film a permis de « simplement confirmer les dénonciations des témoins qui, eux, ont vu les coups et avaient désigné ces tristes sires, qui ne pouvaient nier leur présence sur les lieux !, comme les assassins ». La précipitation avec laquelle le journal dela SFIO relate les événements du 13 février tient au sentiment de traumatisme et de grande émotion suscité par cette agression au sein de la gauche française. Dans ce contexte de choc, l’image se doit d’être là, non pas tant pour apporter la preuve visible de la culpabilité des agresseurs, mais pour montrer l’impensable. Parce que les témoignages oraux sont insuffisants pour rendre compte des faits, l’image apparaît comme une nécessité absolue. Face à ce qui aurait pu conduire à l’irréparable, rien n’est de trop pour emporter la croyance. Quelques semaines plus tard, le quotidien socialiste annonce qu’une « excellente actualité prolétarienne » 6 intitulée L’Attentat contre Léon Blumvient d’être réalisée par la section (...)


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